Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : L'islah - - Affichages : 2202

 

 

Nous traversons une époque où un nouvel état d'esprit, par la grâce d'Allah, commence à surgir et à se développer au sein de la communauté musulmane de France: un état de mépris vis-à-vis de la division, issu d'une déception par rapport aux différents courants de l'islam actuel, aboutissant sur un désir d'amélioration, par le principe de « puiser le meilleur et de rejeter le mauvais, là où qu'ils puissent se trouver...»

 

La da'wa islahiya se distingue des autres courants de l'islam dans la mesure où elle veut remédier aux maux de la communauté. en luttant contre toutes les formes de division. Sa méthodologie s'imprègne des quatre principes suivants1:

 

  • Elle enseigne l'islam originel, l'islam véritable, et ce, par un retour aux sources, c'est-à-dire le Coran et à la Sunna authentique à tous les niveaux, soient les actes extérieurs et intérieurs de la pratique

  • Elle axe son action sur la notion du Tawhid, en appelant à sa compréhension véritable, à son enseignement, et à son application à l'échelle individuelle et collective

  • Elle participe à la régénération de l'identité musulmane par l'aspiration au Khalifat, au moyen de la consolidation de l'unité communautaire, le renforcement de l'alliance à la oumma par la tolérance vis-à-vis des divergences inévitables, ainsi que par le désaveu des groupes, des systèmes et des identités hostiles par la condamnation de la divergence blâmable, celle qui est intolérable

  • Elle actualise l'application des préceptes de l'islam, en n'opérant pas de fractures entre l'idéal primitif et la réalité contextuelle actuelle, et ce, par le respect des priorités issu de la vision globale. La méthodologie réformiste n'est donc pas figée mais se perfectionne perpétuellement, et ce, par l'organisation et le principe de l'aspiration au meilleur, en puisant le bien d'où qu'il puisse provenir et en abandonnant son propre mal

 

Le « Kitab et la Sunna », le « Tawhid », le « Wara oual Bara », la « Choumouliya », sont donc les 4 concepts clés de la da'wa islahiya.

 

Les différents mouvement qui composent le paysage islamique de France ne vérifient pas, hélas, les 4 caractéristiques précédentes. Et, je vous propose, ci-après, de noter les principaux groupes tolérables selon l'échelle de ces 4 points, en accordant 1 point lors de la possession complète, 0,5 quand la possession est incomplète, et -1 quand il y a opposition radicale.

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Le groupe des « Jama'at Tabligh » est un groupe fondé en Inde par le cheikh Ilyas dans les années 1920. Cette mouvance focalise sur la prédication, la « da’wa » en arabe. On les reconnaît à leurs turbans et à leurs djellabas. Ils sillonnent les mosquées de France afin de prêcher les quartiers avoisinants par le porte à porte et les rondes de quartier.

 

  • Ils reviennent au Coran et à la Sunna. (1 point)

  • Ils n'axent pas sur le Tawhid théorique certes, puisque mettant de côté l'étude de la science au profit de la prédication mais privilégient un Tawhid pragmatique axé sur la Seigneurie. (1 point)

  • Ils cultivent un amour pour la communauté mais avec parfois un souci exagéré pour l'humanité au point de ne pas détester en Dieu. (0 point)

  • Ils opèrent une fracture entre la religion et la société et n'ont pas une vision globale de l'islam puisque focalisant sur la prédication, et amputant de surcroit l'islam de certaines de ses composantes comme la politique par exemple. Ils n'aspirent donc pas au perfectionnement puisque leur méthodologie est figée depuis la création du mouvement! Ils renoncent hélas à la réformer, malgré qu'ils se consultent régulièrement. (-0,5 point)

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Je regroupe au sein de la même tendance, l'Uoif et les associations affiliées à la pensée de Tariq Ramadan, ainsi que Participation et Spiritualité Musulmane (PSM), puisque se rejoignant tous au niveau de la pensée et de la méthode2.

 

  • Ils reviennent au Coran et à la Sunna. (1 point)

  • Ils n'axent pas sur le Tawhid authentique à l'exception de PSM qui s'en rapproche puisque l'un de ses objectifs est le retour du califat. (0 point)

  • Ils ne cultivent pas, en revanche, l'affiliation et le désaveu authentiques puisque essayant souvent de gagner la considération des non-musulmans par le blâme et la moquerie vis-à-vis de certains croyants. (-0,5 point)

  • Ils actualisent la pratique en s'adaptant au contexte actuel et possèdent une vision globale puisque investissant, par exemple, le chantier économique. Ils aspirent aussi au meilleur, s'organisent, se développent, et s'adaptent aux changements contextuels. (1 point)

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Le groupe des « rabi'istes » ou des « pseudo-salafistes » est le groupe de ceux qui revendiquent, à tort, l'exclusivité de l'islam originel puisque faisant du retour aux pieux prédécesseurs, la pièce maîtresse de leur mouvement.

 

  • Ils reviennent au Coran et à la Sunna mais uniquement au niveau de l'aspect extérieur de la pratique individuelle. Ils prétendent revenir aux anciens mais ne s'appuient que sur les fatwas des contemporains.(1 point)

  • Ils n'axent pas sur le Tawhid authentique puisque négligeant l'aspect collectif de l'adoration. Ils développent ainsi l'individualisme, le désengagement et le désintéressement pour la communauté. (0 point)

  • Au niveau de l'alliance et du désaveu, ils ont une posture diamétralement opposé à l'islam originel voire quasi identique aux khawaridjs puisque nourrissant un mépris pour les croyants, supérieur à celui des mécréants. (-1 point)

  • Ils n'actualisent pas la religion puisque pratiquant des fatwas hors contexte et ils ne possèdent pas de vision globale puisque focalisant sur quelques détails accessoires de la religion au détriment des éléments essentiels. Ils n'aspirent en plus pas au meilleur, puisque se figeant sur une méthodologie destructrice de recherche des failles et de mise en quarantaine des personnalités influentes dans la da'wa islamique. (-1 point)

 

A partir de cette analyse, nous arrivons à la conclusion que sur les trois tendances analysées, le mouvement Tabligh arrive en tête avec les structures affiliées à la pensée des « frères » avec 1,5 point sur 4 selon l'échelle réformiste, et le mouvement Rabi'iste en dernière position avec -1, ce qui implique que cette dernière tendance détériore plus qu'elle n'améliore les choses, en raison de sa négativité! Soulignons, au passage, le travail remarquable de la mosquée Islah de Villiers-sur-Marne où officie le Cheikh Bachir, elle totalise 3,5 points sur 4 puisque indépendante, elle lui manque hélas l'aspiration à une organisation unificatrice des dynamiques musulmanes de France.

 

1 dont l'absence fait l'égarement et le sectarisme des autres mouvements

2Ces structures se rejoignent dans la mesure où elle ont une source d'inspiration commune, Hassan al Banna, qui avec son mouvement « les frères musulmans » totalise les 4 points sur l'échelle réformiste

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