Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Maladie du coeur - - Affichages : 1280



LE FAIT D’ETRE AMOUREUX/EUSE (‘ISHQ
1),QUELQUE CHOSE DE NEFASTE?

En français l'amoureux désigne tant l'actif que le passif, tant celui qui aime que celui qui est aimé. Alors que dans la langue arabe, lorsqu'on parle de deux personnes qui s'aiment, on utilisera un terme pour l'actif et un autre pour le passif. Le 'âchiq signifie la personne amoureuse et le ma'choûq, le bien aimé. C'est à dire que même dans un couple on va utiliser le 'âchiq pour parler de l'actif et de ma'choûq pour désigner passif. Dans ce cas-là pourquoi dans la langue arabe on parlerait de l'actif et du passif alors que normalement dans un couple les deux sont actifs autrement dit les deux s’aiment ? Car tout simplement dans un couple il y a toujours quelqu'un qui aime plus que l'autre et c'est pour cette raison que chez les arabes, seul l'actif peut être réellement être qualifié d'amoureux.

Ibn Al Qayym2, le médecin des cœurs (tabîb al qouloûb) nous dit que L'amour -`ishq- faitpartie des maladies du cœur. Il diffère des autres maladies par sa nature, ses causes et la manière de le soigner. Quand il s’enracine dans le cœur et se saisit de l’âme, il devient difficile pour les médecins de le soigner et il épuisera celui qui en souffre. L'actif autrement dit la personne amoureuse finira par être déçu puisque seul lui ressent réellement cet amour (passionnel). Il saura d’autant plus frustré s’il voit que cet amour (passionnel) est inaccessible. Donc le ‘ishq ne serait-il pas quelque chose de néfaste?

L’état de l’amoureux/euse.

Lorsque la personne est hantée par l’amour (passionnel), elle n’use plus de sa  raison. Elle devient sentimentale et émotionnelle. Les personnes les plus touchées par cet amour (passionnel) sont souvent les femmes, c’est pour cette raison qu’on dit elles, qu’elles sont plus émotionnelles et sentimentales que les hommes. D’ailleurs les philosophes disaient que l’amour était contraire à la raison car il fait obstruction à la sagesse et au discernement. Le théologien Ibn Taymyya3, est d’avis que l’amour (ishq) est une maladie psychique. Pour l’amoureux dit-il, le contact avec le bien aimé est nocif, qu’il s’agisse de le contempler, de le toucher, de l’entendre. Son également nocifs pour lui, même, le fait de penser à lui et le fait de se l’imaginer, alors qu’il le désire passionnément; S’il se voit interdire l’objet de sa passion,il

souffre et est tourmenté; tandis que, s’il lui est donné l’objet de sa passion, sa maladiese renforce, causant un accroissement de sa souffrance être en4Je trouve cette analyse du théologien hanbalite très pertinente. La personne amoureuse pense que l’amour qui le lie à son bien aimé est éternel et que ce sera du donnant donnant. Mais lorsqu’elle constate l’éloignement voir la non-accessibilité de son bien aimé. Ace moment-là, elle souffre et satan en profite pour lui insuffler ses mauvaises suggestions.

La personne éprise par l’amour (passionnel) commence à conjecturer en pensant à son bien aimé. En espérant qu’il ne l’a pas abandonné en la laissant seule. Puis elle continue en se disant qu’il s’est passé trop de chose pour que ça puisse s’arrêter à là, en se disant que malgré son départ il s’est absenté un court moment et qu’il aller tout de même revenir. Après tout cela, le ‘ishq s’intensifie et de même pour les conjectures. La personne amoureuse va jusqu’à se remettre en question (notamment pour se rassurer) en se disant que si son bien aimé était parti, c’était en parti de sa faute et qu’elle n’a pas su gérer les choses de la meilleures des manières, elle craint le pire en se disant qu’il risquerait de tomber sur quelqu’un d’autre et qu’à ce moment-là tout sera fini. Elle est nostalgique, elle éprouve tristesse sur tristesse, elle souhaite une seule chose, retourner en arrière et changer les choses. Mais c’est trop tard, Le Très-Haut en a décidé autrement.

L’amour (passionnel) laisse de lourds dégâts. Ce que ce genre d’amour entraîne comme dégâts, aucun autre genre d’amour ne peut l’entraîner. Il laisse apparaitre chez sa victime une fragilité psychologique, morale et parfois même physique. Il la laisse sombrer dans l’inquiétude, le désarroi et dans l’errance. Malgré la déception, la perte de temps et les fausses promesses, elle garde toujours ce (faux) espoir en elle, être en compagnie de sonbien-aimé. Combien de femmes se sont-elles faites avoir par de fausses promesses (de mariages) par des beaux-parleurs, et elles finissent au nom de cet amour (passionnel) par être dépossédées de tout ce qu’elles ont de plus cher dans leur vie, à savoir lavirginité.

Et inversement pour les hommes comme le souligne si bien le théologien hanbalite : « Lorsque le cœur de l’homme s’attache à une femme – fût-elle licite pour lui –, il demeure son captif, sur lequel elle règne et qu’elle régit comme elle veut. Apparemment il est son maître, puisqu’il est son époux. En réalité cependant il est son captif et sa propriété, surtout quand elle connaît le besoin qu’il a d’elle, son amour pour elle, et qu’elle sait qu’il ne se déferait pas d’elle pour une autre. Elle règne alors sur lui comme le maître dominateur et injuste règne sur l’esclave qu’il domine et qui ne peut point lui échapper, ou plus gravement encore. La captivité du cœur est en effet plus grave que la captivité du corps et l’asservissement du cœur plus grave que l’asservissement du corps5 » et il dit encore Une passion insatisfaite entraîne souffrance et tourment ; un désir arrivant à ses fins accroît la maladie et la souffrance.

‘Aidh Qornî nous relate dans son livre « ne sois pas triste » (lâ tahzane) que la plupart du chagrin et de l’anxiété est provoqué par notre attachement aux gens. Nulle qualité n’est plus difficile à acquérir que la patience, que ce soit après la séparation de l’être aimé ou quand surviennent des évènements que nous n’apprécionspas.

Aimer une personne et pouvoir vivre avec elle, sont deux choses distinctes.

Un ami m’avait dit la chose suivante, « aimer une personne et pouvoir vivre avec elle, sont deux chose distinctes ». En effet, en réalité une personne peut en aimer une autre mais ce n’est pas pour autant qu’elles vont se correspondre, voir les choses du même œil, ou partager les mêmes principes etc. Bon nombre de gens pensent qu’il faut connaître la personne durant une, deux, trois années voir plus, pour s’attacher à elle et bien la connaître avant d’envisager le mariage. Or combien de personnes après s’être attaché l’une à l’autre se rendent compte qu’elles ne sont plus ou plutôt pas faites l’une pour l’autre pire, elles s’aperçoivent qu’elles sont diamétralement opposées, qu’elles n’ont rien à faire ensemble, et cela malgré des années de vie commune. Ici il ne s’agit pas de dire que le mariage n’est pas fondé sur l’amour, bien au contraire, il s’agit plutôt de dire que le mariage ne pourra perdurer que si il est construit sur de solides bases, et non sur des sentiments qui feront abstractions à ces principes. Si les deux conjoints se mettent d’accords dès le départ sur des principes communs et bien l’amour au sein du couple suscitera automatiquement. Le problème au jour d’aujourd’hui c’est que beaucoup de personnes se marient au nom de cet amour (passionnel) et oublient de stipuler les principes fondamentaux du mariage. En pensant qu’il n’y a nul besoin de stipuler quoi que ce soit car chacun est censé connaître ses droits et devoirs. Dans la théorie oui, mais il faut voir les choses avec l’œil de notre époque, à savoir que les meurs se sont dégradées, que les gens sont devenue de moins en moins responsables voir pas à la hauteur…

Donc il ne faut pas que la femme hésite à demander à son (futur) mari comment il se situe par rapport à l’argent, notamment si il est quelqu’un d’avare ou au contraire quelqu’un de prodigue, ou est-ce quelqu’un d’ambitieux qui a des projets comme le fait de voyager, ou quelle relation entretien-il avec ses parents etc. De même que pour l’homme, si il veut oui ou non que sa (future) femme travaille, si oui dans quelle domaine, si oui ou non elle est prête à se séparer de ses parents pour une autre ville, voire même pour un autre pays, ou encore si elle n’est pas de la même origine que lui alors comment s’organiser pour rentrer au bled l’été etc. Bref ce ne sont pas les exemples qui manquent. Si toutes ces choses sont ignorées voir occultées, et bien croyez-moi c’est un mariage vouéà l’échec. Et cela malgré l’amour qu’éprouve l’un pourl’autre.

Mais le principe de base est la religion. Malheureusement on trouve certaines personnes mariées à des non-musulmans6. Et tout cela à cause de quoi? A cause de l’amour (passionnel)! Quand la question leur est posée, ils répondent: « parce que je l’aime ». Et pour se rassure ils arguent de la parole suivante « oui mais il/elle va se convertir ». Qu’en savent-ils, connaissent-ils l’avenir? Sachons une chose, c’est que les enfants ont des droits et l’un de ses droits consistent à choisir leurs parents. Comment va se situer l’enfant entre un parent musulman et l’autre qui ne l’estpas? L’enfant dès le bas-âge cherche la facilité et je dirai même la permissivité et nous savons très bien que ce genre de chose est visible chez le parent le plus laxiste à fortiori s’il n’est pas musulman. Donc ne soyons pas égoïste, usons de notre raison plus que de nosémotions.

L’amour quelque chose d’instinctif mais contrôlable.

La jalousie, la tristesse, le désir ardent, font partie de la nature originel de l’homme (fitra)7, tout comme l’amour. Oui l’homme est prédisposé à aimer. Certains diront lorsque la personne est amoureuse, c’est plus fort qu’elle et elle ne peut gérer ce sentiment. Dans ce cas-là pourquoi blâmer la personne qui fait preuve de jalousie, de haine, d’envie, ou de désir ardent puisque ces sentiments-là font partie d’elle et donc elle ne peut les contrôler! Et ils répondront « oui mais ses sentiment nuisent aux gens et en plus ils sont contrôlables » Dans ce cas il en est de même que pour l’amour(passionnel). Il est vrai qu’il n’est pas chose facile pour la personne hantée par l’amour (passionnel) de s’en libérer, mais il n’est pas impossible non plus. Et pour cela il faut s’imprégner de l’amour de Dieu. Certains, qui parmi les philosophes (falâsifa) et les théologiens scolastiques8 (moutakallimin) ont nié l'attribut de l'amour concernant Dieu. Car selon eux cet attribut est un accident9 (hâdtih). Or non seulement Dieu est amour mais bien plus que ça Il est Miséricordieux. D’ailleurs le médecin des cœurs nous dit que L’amour -`ishq- est une épreuve dans laquelle sont tombés les cœurs qui sont vides d’amour de Dieu, qui se détournent de Lui et qui Le remplacent par quelqu’und’autre. Lorsque le cœur s’emplit d’amour de Dieu et du désir de Le rencontrer, cela repousse de lui la maladie de l’amour sensuel. L’amour est composé de deux choses:

                              L’inclination de l’âme vers le bien-aimé

                              Le désir d’y accéder.

Si l’un des deux disparait nous dit-il, le ‘ishq disparaît aussi. Pour se dépouiller de l’amour (passionnel) il faut avant tout connaître ses causes. La première cause comme l’a cité le Médecin des cœurs, c’est le fait de ne pas être habiter par l’amour de dieu. Il nous dit encore que si l’amour (passionnel) n’émane que d’une personne c’est parce qu’ilest nécessairement dû à l’une des causes suivantes:

·   L’existence d’un défaut dans l’amour. Ce genre d’amour n’est pas forcément réciproque, au contraire, la réciprocité de ce sentiment fait fuir l’amoureux de sa bien-aimée.

·  L’existence en l’amoureux de quelque chose qui empêche l’autre de l’aimer, ce peut être son comportement, son aspect physique, sa conduite, ses gestes, sa manière de s’habiller,etc.

·  L’existence en la personne aimée de quelque chose qui l’empêche de partager ce sentiment avec la personne qui l’aime et sans cet empêchement, l’amour serait réciproque.10

Le Médecin des cœurs nous donne les remèdes suivants:

·                            Le mariage, on ne voit d’autre alternative pour les personnes qui s’aiment que le mariage.

·                            Si le mariage est impossible, la personne doit prendre conscience qu’elle risque de perdre ce qui est plus aimable à elle que l'objet de sa quête, plus utile, meilleur et qui procure le plaisir et la joie les plus durables. En effet, quand l’homme sensé compare l’obtention d’une chose qu’il aime, mais éphémère, à une chose qu’il aime aussi et qui est, en plus de cela, plus éminente, plus durable, plus utile et qui procure le plus de plaisir, il s’aperçoit de la grande différence entre lesdeux.

·                            Si la personne est toujours hantée par l’amour (passionnel) alors qu’elle tiennecomptes des défauts de son bien-aimé. En effet si les défauts prédominent et bien on en déduira que cet amour sera plus néfaste qu’autrechose.

J’aurai bien aimé aborder plus le sujet du ‘ishq notamment avec -l’épître sur l’amour- (risâlat al ‘ishq) d’ibn Sînâ11 (Avicenne), mais malheureusement je n’ai pas réussi à trouver cette épître sur le net si ce n’est quelques passages. Mais Ibn Sînâ est du moment avis Qu’Ibn Taymyya et Ibn Al Qayyam, à savoir que le ‘ishq est une maladie.

BEN MHENNI Akram


Le terme ‘ishq s’utilise seulement, habituellement, à propos de l’amour d’un homme pour une femme ou un enfant. Il ne s’utilise pas à propos d’un amour comme l’amour des siens et des biens.

Ibn Al Qayyam Ajjawzyâ était l’un des disciples d’Ibn Taymyya. On le surnommait le « médecin des cœurs » car il avait la faculté à comprendre et guérir les maux descœurs.

Ibn Taymyya est l’un des plus grands théologiens de la pensée islamique. Il est sans doute le savant le plus prolifique en matière d’ouvrage. Malheureusement il est souvent mal compris aussi bien par ses détracteurs que par les personnes se réclamant de lui.

4  
Voir « Musique et danse selon Ibn Taymyya » deY.Michot

5  
Voir « un célibataire endurci et sa maman » deY.Michot

Malheureusement certaines musulmanes finissent par épouser de non-musulmans au nom de l’amour (passionnel) alors que ce mariage est proscrit. Quant à nous les hommes nous savons que dieu nous a permis d’épouser desjuives et des chrétienne, mais soyons un petit peu raisonnable. Qu’est-ce que le judaïsme ou le christianisme à notre époque si ce n’est une simple adhésion du cœur. C’est-à-dire qu’il est très rare de trouver des juives et surtout des chrétiennes pratiquer leurs religions. Donc selon moi  un tel mariage se serait convenir. Mais admettons que toutes les conditions soient réunies afin que le musulman puisse épouser une juive ou une chrétienne, Ne faut-il pas songer à marier nos sœurs avant tout ? Enormément de musulmanes souffrent du célibat, que ce soit des orphelines, des veuves ou des divorcées que personne ne veut épouser. N’ont-elles pas le droit de se marier ou de se remarier pour certaines?

Le Prophète a dit que l’enfant est né selon la prime nature (fitra). C’est-à-dire qu’au fond de lui, il y a des choses qui lui son innées comme le fait de croire en Dieu, la notion du bien et du mal etc. Alors que Freud disait que l’enfant est né selon le « complexe d’Œdipe », fantasme sexuel projeté sur le parent du sexe opposé. Voilà, pour Freud l’enfant est un prédateur sexuel et il bâtit cette thèse sur un simple mythegrec

8          Lesthéologiensscolastiquessontdesthéologienss’inspirantdesdonnéesrationnelleshéritéesdesphilosophes,à l’instar desmu’tazilites.

9          LepremieràavoirdiviserlamatièreensubstanceetaccidentfutAristote. Lesmu’tazilitesdisaientqu’onnepeut pas donner d’attributs à Dieu y compris l’amour car selon la métaphysique d’Aristote cet attribut est un accident. C’est pour ça que le mu’tazilite Abû Hudhayl Al ‘Allâf disait que Dieu est Savant de par son essence (dhât) et non en vertu d’une science, qu’Il est Vivant de par son Essence et non en vertu d’une vie, qu’Il est Puissant de par son Essence et non en vertu d’une puissance… Personnellement j’assimile tout cela à ducharabia.

10  Voir « comment le Prophète libérer le mal du ‘ishq»

11 Ibn Sînâ plus connu sous le nom d’Avicenne en occident, il est l’un des plus grands philosophes et médecin de l’histoire. D’ailleurs on le surnommait le troisième maître, le premier étant Aristote et le deuxième Al Fârâbî (farabius)

Participant à cette conversation

  • Salem aleykoum,

    Tout d'abord aïd Moubarak à tous mes frères et sœurs et qu'Allah nous pardonne nos faiblesses, nous guide et nous comble de ses bienfaits.
    Je penses que l'Amour au sens général est en bienfait et un cadeau d'Allah qui donne un sens à notre vie d'ici bas...
    En ce qui concerne cette article, si j'ai bien compris, les conditions pour qu'il y ait harmonie dans le couple (au sens islamique), il faut réunir 3 conditions :

    - l'amour fillah
    - la réciprocité des sentiments amoureux
    - la complémentarité des caractères

    Peut-être l y a d'autres points à mettre en évidence.

    il y a environ 1 an
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