Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Maqdissisme - - Affichages : 2276

Le cheikh Abou Mohammed Al Maqdissi, théoricien moderne du Jihad selon les occidentaux, s'est fait connaître par l'écriture de son ouvrage « millatou ibrahim », axé sur le credo de l'alliance et du désaveu, dans lequel il expose sa compréhension de l'attestation de foi et sa méthodologie pour la restauration de la suprématie de l'Islam sur terre. A partir de ses écrits, est né le groupe de ceux qui se sont singularisés de la communauté par la focalisation sur le concept de la « hakimiya », le désaveu public des « Tawaghit », et enfin pour les plus extrémistes d'entre eux, le takfir de tous ceux, qui conscients ou pas, ne participent pas à cet ouvert désaveu...

Je me suis concentré dans cet article sur une question particulière adressée au Cheikh al Maqdissi concernant la légitimé de participer aux élections afin d'illustrer et d'exposer les erreurs et les raccourcis de sa méthodologie.

Question adressée au Cheikh Al Maqdissi

Quel est le statut d'une personne qui participe aux élections parlementaires en tant que candidat ou électeur ? Fait-il là acte d'apostasie et n'y a-t-il pas de prétexte ou d'exception prévue par les règles du Takfir (c'est à dire rendre mécréant) pour l'innocenter ? Enfin y a t il des précisions à apporter sur la question ?

Réponse du Cheikh est la suivante :

(Le candidat, c'est à dire le représentant du peuple détenant le pouvoir législatif...Celui ci est un Tâghoût (fausse divinité). Des gens l'ont élu, lui vouant ainsi un culte dans le fait de légiférer dans des domaines propres à la religion, ce dont Allah n'a pas autorisé. Celui ci est un associateur (mushrik) mécréant selon nous et ce même s'il ne remporte pas les élections, ou qu'il n'élabore aucune loi mais pour le simple fait d'accepter cette fonction impie, d'avoir œuvré pour y accéder et d'avoir embrassé cette religion païenne qui accorde le droit de légiférer à un autre qu'Allâh. Il a appelé des gens et mobilisé des énergies afin d'obtenir un siège. S'il a délaissé ce poste, ce n'est ni par désaveu de cette constitution, ni par répulsion envers le Tâghoût ou pour concrétiser le Tawhîd. Il a égaré ceux qui l'ont suivi, qui l'ont secouru et qui l'ont aidé et il les a incités à commettre le Shirk (l'idolâtrie) en l'élisant pour qu'il devienne un souverain légiférant[...]En conclusion, nous ne voyons aucune exception au Takfir pour celui qui prétend à la divinité ou à certaines de Ses caractéristiques ou qui commet un acte d'idolâtrie majeure, à moins que cet acte ait été accompli involontairement, par erreur ou sous la contrainte[...] Quand à la non-intention: c'est celui qui désire par une parole ou un acte accomplir une vérité, une chose convenable, un bien ou une chose permise mais qui se trompe sans en avoir l'intention comme dans le hadith où l'homme a perdu sa monture sur laquelle se trouvaient ses vivres. Il désespérait de survivre et eu la certitude de la mort... Et lorsqu'Allah la lui rendit, il dit : « Ô Seigneur, Tu es mon serviteur, et je suis Ton seigneur ! », il s'est trompé par excès de joie. Quel écart entre celui qui a voulu louer Allah, le remercier, faire Ses éloges et s'est trompé au niveau de la langue, et est sorti de lui ce qu'il ne voulait pas, ni n'a visé de par un excès de joie et ce que pratiquent et font les associateurs, sciemment et se concurrencent avec l'intention ferme de légiférer, de commettre un Shirk évident recherchant autre que la religion d'Allâh et Sa législation![...]Quant à celui qui vote, tu as su que la réalité de ce qu'il fait au moment où il adhère à cette religion de Shirk est qu'il choisi un législateur (un seigneur) parmi ces seigneurs dispersés!! Afin de lui octroyer le droit de légiférer et pour le représenter à travers cette fonction de Shirk[...]C'est pourquoi nous disons que celui qui se lie, se met d'accord et se réuni avec ces députés ou ces gouvernements sur cette religion innovée mécréante qui confère la législation à autre qu'Allâh Le Très-Haut conformément aux constitutions et lois inventées. Il les a pris comme seigneurs en dehors d'Allâh se satisfait d'une autre religion que l'Islâm[...]Ceci est véritablement ce qui est pratiqué lors des élections. Ils ont pour système de vie la démocratie qui accorde la législation et le jugement au peuple pas à Allah. Ils choisissent un seigneur à qui ils confient ou procurent le pouvoir de législation de façon absolue, en application aux textes de la constitution. Celui qui fait cela s'est certes désavoué de la religion et du Tawhîd. Et ce, même s'il prie, jeûne, et prétend être musulman [...] Et de la même façon, il est indispensable d'attirer l'attention sur le fait que l'obéissance aux législateurs, fusse-t-elle dans une seule question, est de la mécréance qu'à partir du moment où cette obéissance se fait dans la législation et la mécréance. Quant à celui qui leur obéit à ces législateurs dans ce qui est autorisé ou même dans la désobéissance celui là ne mécroit pas[...] Il n'y a qu'une seule méthode, celle qui consiste à suivre cette voie sublime, prêcher à ce magnifique Tawhîd, éduquer les jeunes sur cela et les préparer au Djihad afin de le réaliser et l'établir sur terre selon la voie prophétique...)

Pour réfuter la présente fatwa, et montrer que le Cheikh s'est globalement trompé malgré les vérités partielles qu'il a citées, je me suis borné à développer les 6 points suivants par lesquels le lecteur pourra se faire aisément lui même une opinion plus proche de la vérité :

● La focalisation sur le concept de l'alliance et du désaveu est une erreur méthodologique pouvant aboutir sur l'encouragement du takfir

● Il est réducteur de considérer la démocratie comme une religion ou de l'associer absolument à de l'associationnisme

● Il est important de distinguer la mécréance de forme et la mécréance de fond et de ne pas les lier totalement

● Il est important de distinguer au sein d'un système idolâtre entre le contributeur réformateur, le contributeur passif et le contributeur actif selon les différents types de ses intentions

● Il est faux de dire qu'il n'existe qu'une seule voie pour atteindre le but

● Et enfin que le vote n'est pas un acte qui fait sortir de l'Islam

Premier point

La focalisation a toujours été la voie de la naissance du sectarisme même si les leaders des groupes et des sectes ont été des personnes sincères dans leur engagement. En effet, nous ne remettons pas en cause la sincérité du Cheikh al Maqdissi, celle-ci, en effet est évidente mais nous critiquons toute focalisation sur un aspect de la religion par laquelle se créerait une fissure au sein de la communauté musulmane. Il est vrai qu'il est capital de séparer ce qui doit être séparé afin de générer une unité véritable, essentielle à l'obtention de l'assistance divine, mais quand la séparation ne repose pas sur la vérité c'est-à-dire sur la base du Coran et de la Tradition, ou la sagesse dans le respect des priorités, alors nous avons à faire à une secte égarée qui développe, au sein de la communauté musulmane, la division ! En effet, la voie prophétique ne consistait pas à faire le répertoire des croyants et des apostats au sein de la communauté musulmane naissante puisque d'après Abi Wâqid Al-Laythî, le messager d'Allah lorsqu'il sortit pour l'expédition de Khaybar, passa à coté d'un arbre des idolâtres appelé « Dhât Anwât » auquel ils accrochaient leurs armes. Les compagnons dirent alors « Ô messager d'Allah ! Donne-nous un Dhât Anwât comme ceux là ont un Dhât Anwât ! » Le Prophète répondit « Gloire à Allah ! Ceci est comme ce que le peuple de Moûsâ a dit « donne nous un dieu comme ceux là ont des dieux » ! Par Celui qui détient mon âme dans Sa main, vous allez suivre les coutumes de ceux d'avant vous ! » Cette tradition révèle et prouve que la priorité des préoccupations du Prophète était, avant tout, la victoire collective quand bien même la purification individuelle des agents de cette victoire n'est pas encore parachevée ! Ainsi, la voie de faire le tri entre les croyants et les mécréants de la communauté, afin de créer le groupe parfait, purifié de ses hypocrites apostats, est une erreur méthodologie relative à la science des priorités qui risque de générer une secte égarée ! En effet, l'alliance et le désaveu doivent être des conséquences de la compréhension du Tawhid et non des prémices de son application ! C'est en cela, que le Cheikh al Maqdissi a commis une erreur dans son ouvrage « millatou ibrahim » dans lequel il tente de montrer que la voie des prophètes consistait principalement à montrer de l'inimité envers les associateurs et leur associationisme avant même de les inviter avec sagesse à la vérité ! D'une sagesse qui peut nous pousser à taire stratégiquement des sujets pouvant générer une stérilité de la discussion ou une opposition émotionnelle malvenue. C'est d'ailleurs l'objectif des ennemis de l'Islam que de limiter, dans les médias, le débat autour de la religion musulmane à certaines applications de la shari'a afin de faire abstraction des universaux par lesquels les cœurs peuvent être gagnés à la religion d'Allah! Les étroits d'esprit sont indirectement des outils des ennemis de l'islam à travers l'exposition des singularités de leur religiosité qui peuvent repousser! En effet, personne n'accepterait avec joie d'être heurter dans sa sensibilité aussi fausse soit-elle! La voie divine consiste avant tout à gagner le coeur, puis ensuite à envisager la soumission en toute volonté des membres corporels! C'est pourquoi, la première étape de l'appel islamique était axée sur le Tawhid et dans un second temps le côté legislatif du coran a été révélé. Ainsi, la da'wa possède des étapes et la preuve se trouve justement dans la voie d'Ibrahim: « «N'as-tu pas vu (l'histoire de) celui qui, parce qu'Allah l'avait fait roi, argumenta contre Abraham au sujet de son Seigneur ? Abraham ayant dit : « J'ai pour Seigneur Celui qui donne la vie et la mort, » «Moi aussi, dit l'autre, je donne la vie et la mort. » Alors dit Abraham: «Puisque Allah fait venir le soleil du Levant, fais-le donc venir du Couchant. » Le mécréant resta alors confondu. Allah ne guide pas les gens injustes. » La première leçon que l'on peut tirer de ce verset est qu'il faut partir d'une référence commune quand on veut guider une personne vers la vérité! En effet, il faut garder à l'esprit que par l'argumentation en faveur de la vérité, on doit chercher à rapprocher notre interlocuteur de la vérité et non pas à faire triompher notre ego, par la recherche de la faille chez l'adversaire, afin de le rabaisser. C'est pourquoi Abraham n'a pas rétorqué à ce roi en réponse à sa parole «Moi aussi, dit l'autre, je donne la vie et la mort » par l'argument suivant : «Ô prétentieux mécréant! Et bien alors, redonne la vie à ceux qui résident dans les tombeaux, si tu es capable de donner la vie ! » Or, Abraham n'a pas jugé utile de le réfuter sur cet argument par la mise en évidence de sa mécréance, bien qu'il le pouvait car il avait prit conscience de la différence des repères concernant le sens de « donner la vie et la mort », en effet, le roi pensait que : « donner la vie », c'était « ne pas tuer » et « donner la mort » c'était « tuer ». Or, le roi possédait ce pouvoir de tuer ou de ne pas tuer ses sujets d'où son argument. Ainsi, Abraham a anticipé par un second argument qui ne laissera pas de répit à son interlocuteur : « Puisque Allah fait venir le soleil du Levant, fais-le donc venir du Couchant ! » On comprend ainsi, que le silence d'Abraham vis-à-vis de l'argument du roi n'était pas un signe de faiblesse de sa part mais plutôt d'intelligence car Abraham a voulu créer la contradiction au sein même du roi, puisqu'il n'y a pas de contradiction sans le sentiment d'être dans le vrai. Par le second argument Abraham disait «Ô toi qui prétends être un Dieu en donnant la vie et la mort à des hommes, peux-tu faire venir le soleil par le couchant comme mon Dieu le fait venir du levant ou bien tes pouvoirs sont limités, ce qui démontrerait que tu n'es pas le vrai Dieu, qui Lui doit être parfait et illimité dans sa puissance !» Ainsi, la deuxième leçon est que par l'argumentation, il faut rechercher à montrer la contradiction d'une idée en « reconnaissant » la relative véracité de celle-ci moyennant un silence temporaire ! Ce qui implique, de ne pas montrer, dans un premier temps, ouvertement notre inimité aux associateurs ! En effet, détruire, dès le départ, la doctrine ou la pensée d'une personne par des paroles : « T'es un égaré, un apostat ou tu dis n'importe quoi ! » n'engendrera que l'éloignement ou le courroux de celle-ci et ceci n'a rien à voir avec l'argumentation sage, conforme à la voie des Prophètes. Il faut apprendre à connaître et respecter l'interlocuteur pour comprendre sa méthodologie intellectuelle et agir en conséquence. Il ne faut pas que notre foi, notre haine du koufr et du chirk nous éloigne du juste milieu et l'attitude sage. Ainsi, la douceur est indispensable à l'argumentation car la force traduit toujours l'incapacité à vaincre par la science et la sagesse. Ainsi, ce sont toujours les gens sectaires, étroits d'esprit, qui useront de la colère et de la violence pour convaincre. Il faut donc différencier l'argumentation qui part de notre idée et une autre qui part d'une idée admise par toutes les parties. La différence est de taille! Il faut donc partir d'un principe commun pour pouvoir réussir à convaincre par l'argumentation. La tolérance temporaire par le silence de la mécréance des apostats dans la finalité de démontrer la vérité s'avère être plus proche de la voie prophétique que la déclaration ouverte de l'inimité car il y a une différence à opérer entre les « têtes de la mécréance » en nombre limité et les mécréants suiveurs en grand nombre. En effet, les premiers méritent notre haine directe tandis que les seconds méritent, avant tout, la discussion et la prédication.

Je poursuivrai le développement des autres points de cette présente étude plus tard, bi haouli Llah

 

Mahdy Ibn Salah

Participant à cette conversation