Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Maqdissisme - - Affichages : 1697

 

 

 

Il est triste de voir certains s’acharner encore sur la question du vote par la condamnation des tenants de la posture opposée quand cette question est sujette à une divergence légitime. Ma tristesse est d’autant plus accentuée quand l’auteur entend prétentieusement donner « le statut du vote en islam » comme si les 4 savants qu’il cite représentaient l’islam dans sa totalité! C’est cette même prétention d’ailleurs qui me fait rappeler l’attitude des Khawaridjs de la première heure qui excommunièrent les compagnons partisans de la maslaha et donc de l’arbitrage pour la réconciliation des musulmans contre le seul verset que les harrouriya (khawaridjs) chantaient à l’unisson : « Le jugement appartient à Allah seul. »

 

J’aimerai par cet article clore la discussion en apportant quelques précisions : Je respecte l’avis de ceux qui sont contre le vote, bien que selon mon avis l’acte est permis, mais je condamne fermement ceux qui excommunient ceux qui votent ! En effet, c’est la question du takfir et du sectarisme, qui en réalité, me préoccupait le plus, dans ce débat car dire de quelqu’un qu’il est mécréant illégitimement, c’est faire revenir l’accusation sur soi, selon une tradition que rapporte Boukhari, d’où mon dégoût intrinsèque à l’égard de ceux qui lancent le takfir à la légère, c’est-à-dire sans reposer leur accusation sur une argumentation solide et légitime puisque l’on ne doit pas aimer un mécréant !

 

Je note aussi que l’auteur de l’article cite les savants selon un ordre précis qui mène le lecteur vers une posture sectaire car le dernier cheikh appartient effectivement à un courant de pensée focalisant justement sur la question de la Hakamiyya (pouvoir législatif). Et nous savons que toute focalisation mène au sectarisme surtout quand l’auteur ne prend du cheikh Albani que ce qui va dans le sens de son mouvement car nous savons que le cheikh Albani a adopté des postures diamétrales aux leurs, en ce qui concerne le statut du gouverneur qui ne jugerait pas selon les lois d’Allah !

 

Cela étant, je résume les 4 fléaux contenus dans ces 4 fatwas, auxquels sera confronté le musulman s’il participe aux élections:

-         Choisir un kafir pour le Cheikh Fawzan

-         Faire alliance avec un kafir pour le Cheikh Albani

-         Délaisser la loi d’Allah pour la loi des hommes pour le Cheikh Mouhammed al Imam

-         L’excommunication (Koufr) de celui qui participe aux élections pour le Cheikh Maqdissi

 

Remarquez l’échelonnement des fatwas malicieusement adopté par l’auteur car les deux premiers Cheikhs ne font aucunement allusion au takfir des participants aux élections dans leurs fatwas contrairement au dernier ! Est-ce une réflexion animée par un désir sincère d’accéder à la vérité ou par une volonté délibérée d’orienter le lecteur vers une vérité relative ?

 

Passons…

 

J’ai montré par mes précédents articles que le principe du moindre mal était légitime en ce qui concerne cette question et que l’action de voter pour le musulman de France ne l’entache pas nécessairement par les 4 fléaux cités en haut car :

-         Ne pas participer aux élections, c’est quand même choisir de renforcer notre ennemi par notre indifférence. Donc dans tous les cas, il y a un choix, ainsi le principe du moindre mal est justifié ici…

-         La résidence en terre de mécréance est en soi une alliance, et il est du devoir du musulman de minimiser au maximum sa contribution au système idolâtre. Donc dans tous les cas, il y a encore une alliance, ainsi le principe du moindre mal est justifié ici…

-         Celui qui vote par stratégie n’adhère pas effectivement au programme et aux idées de celui qu’il choisit puisque son intention est de défendre, uniquement, les intérêts de l’islam. Donc, il ne cautionne pas le partage d’un pouvoir divin, ni ne préfère le jugement d’un homme sur la loi d’Allah !

-         Et il est même permis de pratiquer un koufr de forme tant que l’intention est bonne selon une fatwa du Cheikh al Islam : « Ce qui consiste en une mécréance dans les actes extérieurs ; comme se prosterner devant une idole ou insulter le messager ou les choses de ce genre : c’est une mécréance parce que cela implique fatalement la mécréance intérieure. Mais dans l’hypothèse où quelqu’un se prosterne devant une idole sans avoir l’intention dans son cœur de se prosterner pour elle, mais au contraire vise la prosternation pour Allah dans son cœur, ceci ne serait pas une mécréance ; cela peut même être permis, et ceci lorsqu’il se trouve au milieu des idolâtres et qu’il craint pour sa vie à cause d’eux, il s’accorde avec eux dans ses actes extérieurs mais dans son cœur il ne vise qu’Allah dans sa prosternation. C’est ce qu’il fut relaté de certains savants musulmans et certains savants des gens du livre qui agirent de la sorte avec un peuple d’idolâtres afin de les inviter à l’Islam, alors ils se convertir, sans leur avoir montrer d’hostilité au départ. »[1]

 

En final, nous savons que le système démocratique est un système anti-islamique en soi, et que son adoption par le cœur et l’action exclut de l’islam. Cela dit, il ne faut pas s’arrêter là, en focalisant sur la question, comme s’il n’y avait que cela dans la religion, par l’excommunication de tous ceux qui y participent ! C’est la seule chose qui me motive à écrire sur le sujet d’ailleurs : dénoncer et mettre en relief l’égarement et le sectarisme des khawaridjs modernes c’est-à-dire ceux qui lancent, par leur étroitesse d’esprit, le takfir à la légère ! Je répète que je respecte l’avis de ceux qui sont contre le vote, tant qu’il n’y a pas de sectarisme et de takfir ! Et, je pense que les vrais arguments de l’opposition au vote n’ont pas été énoncés car c’est, selon moi, les dangers de la perte de l’identité musulmane qui devraient nous pousser à délaisser notre participation aux élections pour l’orientation de notre attention vers la constitution de la société idéale au Sham, ensanglanté et meurtrit par l’injustice et la vraie tyrannie, et ce, pendant que nous nous disputons ici…

 

 

Mahdy Ibn Salah

  

 



[1] Ibn Taymiya, Majmoû‘ al Fatâwâ, volume 14 p. 120

 

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