Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Salafisme - - Affichages : 3950

 

 

Dans une tradition notre prophète nous enseigna : « Vous suivrez les traces de ceux qui vous ont précédé pas à pas, jusqu'à les suivre même s'ils rentraient dans un trou de lézard. » Les compagnons répliquèrent: « Ô messager d'Allah, est ce que ce sont les juifs et les chrétiens ceux dont tu fais allusion? » Il répondit par l'affirmative: « Et qui voulez vous d'autres que ce soit. »1 Le prophète ajouta dans une autre tradition : « N’est pas de nous celui qui ne nous ressemble pas, n’imitez donc pas les juifs et les chrétiens. »

 

Si Allah nous conte dans le coran les récits des enfants d'Israël, c'est justement pour que l'on ne réitère pas les erreurs du passé et que l'on tire un enseignement de l'histoire qui a une tendance naturelle à se répéter! Or, un mouvement piétiste appelé « salafisme » est né ces dernières années au sein de la communauté musulmane dans la finalité de protéger l'islam de la déformation, et développe étrangement une étroite ressemblance avec le groupe des pharisiens qui déclarèrent la guerre à Jésus en voulant construire une haie autour de la Torah. C'est pourquoi, j'ai jugé utile d'écrire cet article afin que le lecteur et la lectrice puisse se positionner par rapport à ce mouvement qui fait le sourire de Satan car il attire, effectivement, ses adeptes par du vrai afin de les enchaîner dans le faux!

 

Description des pharisiens

 

  • Le mot pharisien vient du terme hébreu péroushim (פרושים) qui signifie « séparés ». En effet, le respect rigoureux de la torah forçait certains Juifs à se séparer de la masse assimilée à l'empire romain. Ainsi, les Pharisiens se définissent avant tout comme un mouvement de stricte observance religieuse, de retour aux sources, à l'orthodoxie judaïque, coupé de la société dans laquelle il se développait. Selon eux, la personne croyante se doit d'observer à la fois la Torah et les traditions orales. Les pharisiens devenaient des références incontournables que la masse suivait aveuglément!

 

  • Les Pharisiens se spécifient aussi par l'importance qu'ils accordent à la quête de la science, ils se consacrent pratiquement et exclusivement à l'étude et à l'enseignement de la Loi, et ce au détriment de l'action de cœur ou de terrain. Spécialistes de la Loi, ils exercent, par conséquent, une grande influence sur les gens en les orientant par leurs décisions juridiques.

 

  • À la différence des zélotes, les pharisiens s'impliquent peu voire pas dans la politique. Ils n'ont pas une vision globale de la religion mais s'intéressent uniquement à l'aspect individuel de la pratique religieuse. Ils sont disposés à accepter une occupation étrangère pour autant que leur liberté de culte leur soit garantie. Ils sont même prêts à collaborer aussi avec les gouverneurs non juifs contre des juifs, par sectarisme, dans l'intérêt de préserver leur interprétation de la Loi.

 

  • Les pharisiens mépriseront, par orgueil et élitisme, les pauvres gens qui ne connaissent pas la Torah ou qui s'en écartent d'un centimètre. Les Pharisiens iront même jusqu'à interdire et empêcher les gens de fréquenter les pécheurs et les innovateurs. Dans ce sens, ils limitent la miséricorde de Dieu en se l'appropriant en toute exclusivité. Les pharisiens pratiquèrent aussi l'examen de personnalités par la recherche des failles doctrinales et des défauts dans l'unique finalité de piéger et d'excommunier.

 

  • Les pharisiens considéreront par conséquent comme une dangereuse innovation l'appel réformateur des prophètes de leur époque et particulièrement celui de Jésus qui dénonça leur étroitesse d'esprit, leur prétention de se croire exclusivement sauvés, leur hypocrisie, leur focalisation sur l'accessoire au détriment de l'essentiel, la primauté qu'ils accordent à l'apparence, et leur mise en avant de la tradition au détriment de la Loi.

 

  • Le prophète d'Allah et les authentiques partisans de la religion combattront leur lecture faussée de la Torah, qui bien qu'elle s'appuie sur des textes religieux ne tient aucunement compte du respect des priorités et éloigne par conséquent de la vérité plus qu'elle n'en rapproche! Les pharisiens voudront ainsi le faire taire par la mort et par cette animosité ils deviendront des ennemis d'Allah et des maudits de la création.

 

Pour illustrer, la description précédente, je vais citer ci-après deux passages de l'évangile: « Les disputes éclataient surtout à propos d'une foule de pratiques extérieures introduites par la tradition, et que ni Jésus ni ses disciples n'observaient. Les pharisiens lui en faisaient de vifs reproches. Quand il dînait chez eux, il les scandalisait fort en ne s'astreignant pas aux ablutions d'usage. «Donnez l'aumône, disait-il, et tout pour vous deviendra pur.» Ce qui blessait au plus haut degré son tact délicat, c'était l'air d'assurance que les pharisiens portaient dans les choses religieuses, leur dévotion mesquine, qui aboutissait à une vaine recherche de préséances et de titres, nullement à l'amélioration des cœurs. Une admirable parabole rendait cette pensée avec infiniment de charme et de justesse. «Un jour, disait-il, deux hommes montèrent au temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre publicain. Le pharisien debout disait en lui-même : «O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes (par exemple comme ce publicain), voleur, injuste, adultère. Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède.» Le publicain, au contraire, se tenant éloigné, n'osait lever les yeux au ciel ; mais il se frappait la poitrine en disant : «O Dieu, sois indulgent pour moi, pauvre pécheur.» Je vous le déclare, celui-ci s'en retourna justifié dans sa maison, mais non l'autre.» »2

 

« Quand Jésus eut fini de parler, un Pharisien l'invita à prendre un repas chez lui. Jésus entra et se mit à table. Le Pharisien s'étonna lorsqu'il remarqua que Jésus ne s'était pas lavé avant le repas. Le maître lui dit alors : « Voilà comme vous êtes, vous les Pharisiens : vous nettoyez l'extérieur de la coupe et du plat, mais à l'intérieur vous êtes pleins du désir de voler et pleins de méchanceté. Insensés que vous êtes ! Dieu qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas aussi fait l'intérieur ? Donnez donc plutôt aux pauvres ce qui est dans vos coupes et vos plats, et tout sera pur pour vous. « Malheur à vous, Pharisiens ! Vous donnez à Dieu le dixième de plantes comme la menthe et la rue, ainsi que de toutes sortes de légumes, mais vous négligez la justice et l'amour pour Dieu : c'est pourtant là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger le reste. « Malheur à vous, Pharisiens ! Vous aimez les sièges les plus en vue dans les synagogues et vous aimez à recevoir des salutations respectueuses sur les places publiques. Malheur à vous ! Vous êtes comme des tombeaux qu'on ne remarque pas et sur lesquels on marche sans le savoir ! » Un des maîtres de la loi lui dit : « Maître, en parlant ainsi, tu nous insultes nous aussi ! » Jésus répondit : « Malheur à vous aussi, maîtres de la loi ! Vous mettez sur le dos des gens des fardeaux difficiles à porter, et vous ne bougez pas même un seul doigt pour les aider à porter ces fardeaux. Malheur à vous ! Vous construisez de beaux tombeaux pour les prophètes, ces prophètes que vos ancêtres ont tués ! Vous montrez ainsi que vous approuvez les actes de vos ancêtres, car ils ont tué les prophètes, et vous, vous construisez leurs tombeaux ! C'est pourquoi Dieu, dans sa sagesse, a déclaré : « Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils tueront certains d'entre eux et en persécuteront d'autres. » Par conséquent, les gens d'aujourd'hui supporteront les conséquences des meurtres commis contre tous les prophètes depuis la création du monde, depuis le meurtre d'Abel jusqu'à celui de Zacharie, qui fut tué entre l'autel et le sanctuaire. Oui, je vous l'affirme, les gens d'aujourd'hui supporteront les conséquences de tous ces meurtres ! « Malheur à vous, maîtres de la loi ! Vous avez pris la clé permettant d'ouvrir la porte du savoir : vous n'entrez pas vous-mêmes et vous empêchez d'entrer ceux qui le désirent. » Quand Jésus fut sorti de cette maison, les maîtres de la loi et les Pharisiens se mirent à lui manifester une violente fureur et à lui poser des questions sur toutes sortes de sujets : ils lui tendaient des pièges pour essayer de surprendre quelque chose de faux dans ses paroles. » »3

 

Description des pseudo-salafis



Comment ne pas faire un parallélisme entre les pharisiens et les pseudo-salafis d'aujourd'hui quand nous savons d'eux qu' :

  • Ils sont coupés de la société dans laquelle ils vivent, en voulant revenir rigoureusement au Coran et à la Sunna sans « contextualiser » ces deux sources quand ils appellent par exemple, leurs chouyoukhs d'Arabie pour toute interrogation même les plus évidentes, afin de les suivre aveuglement! Ils nourrissent, par conséquent, le même « Taqlid » (imitation aveugle) que les juifs avaient pour les pharisiens!

  • Ils accordent une primauté à l'étude de la science au détriment de la pratique religieuse, si bien que, consécutivement, leur orgueil s'accentue car la non mise en pratique d'un enseignement parallèlement à son acquisition ne peut qu'augmenter la prétention, qui se définit justement pas l'acquisition d'une stature uniquement par l'imagination.

  • Ils développent une opposition radicale à l'engagement ou au positionnement politique et vont, par sectarisme, jusqu'à dénoncer d'autres musulmans aux autorités non musulmanes comme les jihadistes. Ils posèrent, par exemple, la question de la légitimité d'invoquer Allah en faveur du Hamas lors du dernier conflit israélo-palestinien à Gaza, voire souhaitèrent leur défaite, tellement ils peuvent mépriser les musulmans d'une autre méthodologie! En outre, ils séparent l'aspect individuel de l'aspect collectif de la pratique religieuse, en alimentant l'individualisme par leur absence de vision globale!

  • Ils abordent les musulmans engagés, étrangers à leur minhag, avec méfiance et suspicion, en les examinant ou en leur posant des questions pièges afin de les mépriser et de les mettre en quarantaine par le « tabdi'» (accusation d'innovation), s'ils s'écartent de leur voie.

  • Ils combattent par les péchés de la langue, comme la médisance tous les musulmans réformateurs, qui veulent le bien pour la communauté et agissent dans ce sens, parmi les gens de science, les prédicateurs et les combattants en se pensant être les seuls sauvés! Ils focalisent sur les détails en négligeant les essentiels et ne respectent aucunement les priorités de la révélation! Ils seront méticuleux à l'endroit de l'aspect extérieur de la pratique religieuse comme le port de la barbe, le pantalon au dessus de la cheville, et le niqab, tout en négligeant la spiritualité largement plus important!

  • Nous les reconnaitrons aussi par le fait que les gens qui les réfuteront ressembleront à Jésus dans sa prédication et seront, par déduction, des musulmans de science, sages, fidèles aux sources, des personnes de terrain, tolérants et sincères, qui ne jugeront point leurs coreligionnaires, et qui seront proches des pécheurs et surtout ouverts et larges d'esprit.



A partir de cette courte analyse, vous avez de quoi vous faire une opinion objective sur le mouvement salafi! Je suis persuadé pour ma part que les musulmans sincères s'écarteront de cette voie désastreuse qui profite aux ennemis de l'islam et qui ne regroupent que des malades du cœur, ressemblant à certains endroits aux juifs qui renièrent Jésus puisque accordant la primauté à la médisance et la calomnie sur la vérité. Il est impératif de les dénoncer et de dire la vérité avec la même fermeté que Jésus dénonça les pharisiens dans l'intérêt de l'islam et de sa communauté! C'est ce qu'ont fait nos grands savants comme Bakr Abou Zaid, Abdel Mohsin al 'Abad, Abdel Rahman Ibn Abdel Khaliq et bien d'autres...



Mahdy Ibn Salah



1Boukhari

2Luc 18

3Luc 11 « Jésus accuse les pharisiens et les maîtres de la Loi »

  • Aucun commentaire trouvé