Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Salafisme - - Affichages : 1655
Salem 3aleykoum akhi,
Tu soutiens (je m'excuse si j'ai mal compris tes propos), que contrairement à ce qu'avancent concernant certains frères, la compréhension des pieux prédécesseurs, pour le moins contextualisée, ne fait pas obstacle à ce que d'aucuns raisonnent à partir du Coran et de la Sunna? Mais je ne comprends pas car, à titre d'exemples: - D'une part, il y a ce hadith qui dit que les trois meilleures générations sont celles du Prophète et les deux qui suivirent, et,- D'autre part, il y a des versets (comme sur le fait de frapper la femme) ou des hadiths (comme celui de l'interdiction de l'épilation), dont la compréhension a été facilitée grâce aux éléments apportés par les compagnons. C'est une preuve de ce que la compréhension des pieux prédécesseurs est nécessaire. Merci pour les éléments que tu pourras préciser.
wa salam


wa ahleikoum salam,

Si j'ai bien compris votre question vous me demandez d'éclaircir ma position concernant la « compréhension des pieux prédécesseurs ». Et vous êtes sage de poser cette question car beaucoup, parmi les salafis, ne m'ont pas compris concernant ce sujet et se sont contentés de mettre en garde contre moi sans avoir cherché à approfondir ma pensée ! L'unité comme la bonne entente, effectivement, est une affaire de compréhension ! Ne point se comprendre, c'est donc risquer de se dresser les uns contre les autres puisque l'homme est intrinsèquement l'ennemi de ce qu'il ignore ! Surtout s'il ne s'arrête qu'à l'apparent d'un texte ou d'un propos et condamne mécaniquement, puisque spontané, celui qui vient avec une idée contraire !

Combien de choses ?
Dont l'apparent peut apparaître contraires,
Combien s'opposent ?
Dans le jugement, quand diffèrent, les repères ! 

Le véritable savoir, par conséquent,
Ne peut provenir que du sincère,
Qui unifie les opposants,
Et transforme les ennemis, en frères !

 Ainsi, ma sœur beaucoup se font des guerres parce qu'ils ne se comprennent pas ! Et beaucoup ne se comprennent pas parce que justement ils ne veulent pas s'écouter. Et ne pas vouloir entendre l'autre, c'est faire preuve d'orgueil, puisque c'est chercher, en réalité, qu'à ne vouloir s'écouter soi-même ! Et comment peut-il aspirer à la guidée ? Celui-ci qui se standardise par rapport à son ego, ressemble à Iblis, et ne cherche dans le débat, ni la progression, ni la vérité, mais uniquement à confirmer ce qu'il sait déjà et à justifier son mépris de celui qui en sait plus ! De tous temps, les ignorants orgueilleux se sont dressés contre ceux qui savaient ce dont ils n'embrassaient pas dans la science et la compréhension. D'où notre devoir de chercher constamment à concilier nos croyances et nos voies par de sincères discussions ! Et le mérite te revient pour ta noble démarche...

Ainsi, je vais condenser ma réponse à ta question en trois points :

  • Le fait que je m'attaque dans nombre de mes articles, aux pseudo-salafis ne veut pas dire que je m'attaque aux salafis ou au salafisme car il est important selon moi de dissocier ceux qui salissent et ceux qui méritent cette noble affiliation.
  • Ensuite, je pense comme l'imam Malik l'avait dit que la voie de la réforme de cette communauté n'est possible effectivement sans un retour à ce qui a permis sa réforme du début. Donc, je suis salafi dans le sens où je reviens aux sources que sont le Coran et la Sunna.
  • Cela dit ce retour aux sources ne doit pas être conditionné, selon moi, à un retour absolu à la compréhension des pieux prédécesseurs comme s'il existait une sorte de sainte trinité dans les références, que l'on mentionne à chaque fois : « kitab wa sunna 'ala fahm salaf al ouma » car le Coran et la Sunna ne sont aucunement équivalents à la compréhension des pieux anciens ! Sans oublier que c'est la mission de notre Prophète et des savants de tout temps que de clarifier les textes selon les contextes et pas celle de ses seuls successeurs parmi les trois premières générations ! Ainsi, c'est uniquement le retour généralisé aux salafs dans la compréhension du Livre et de la Sunna que je condamne, ainsi que le fait de mettre les paroles des salafs au même degré que celui du Prophète car lorsque le Prophète dit une chose on a plus besoin d'un autre que lui ! Donc le retour aux salafs ne doit pas être absolu ! Ceci ne veut pas dire qu'il ne faut pas revenir à eux dans la compréhension des références car en effet revenir aux meilleurs est un devoir et un signe d'intelligence. Et nous savons que les plus proches du Prophète sont les plus aptes à comprendre convenablement les sentences de notre noble Prophète puisqu'étant les plus proches de lui dans l'espace, le temps et la spiritualité ! Ainsi, quand je m'oppose au retour généralisé à la compréhension des salafs, je veux dire par là, que les pieux prédécesseurs ne sont pas infaillibles car comme le disait encore l'imam Malik, il n'y a que le Prophète qui ne se trompe pas en ce qui concerne la religion ! Donc seul le Prophète a le droit à une adhésion entière, et de tous les autres, comme le soutient l'imam Ibn Taymiyya, on peut prendre et rejeter en fonction respectivement de la proximité ou de l'éloignement par rapport à la vérité ! Et la preuve de ce que je viens de dire se trouve dans le récit suivant à propos de la parole d'Allah : «Mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit1 D'après `Ady ibn Hatim: «Après la révélation de ce verset : « jusqu’à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit », je mis sous mon oreiller deux cordelettes, une noire et une blanche pour distinguer l'aube de la nuit. Je demeurai sans pouvoir distinguer dans l'obscurité les deux cordelettes. Je me rendis chez le Prophète, le lendemain pour lui rapporter ce récit. Il me dit en souriant: « Le fil noir signifie la noirceur de la nuit et le fil blanc, la blancheur de l'aube. »»2 

A partir de là, comprends orti fillah, que le véritable salafi n'est pas celui qui se suffit de dire qu'il est salafi mais bien celui, qui dans la manière de penser et d'agir, copie les salafs ! Or, les salafs ne se disaient pas « salafis », ni ne cherchaient à comprendre les textes selon leurs propres compréhensions, indépendamment de la compréhension des textes par les textes eux-mêmes ! Ils aspiraient, en réalité, à atteindre simplement la vérité, la proximité d'avec l'avis le plus authentique, par la recherche constante du meilleur dans la compréhension ! Et ce meilleur, soulignons-le, n'est pas lié uniquement à leur génération, à leur espace ou à leur époque mais aussi et surtout à la sincérité, à l'intelligence et à la science du contexte... C'est là donc que se situe le vrai débat ! Il ne faut pas confondre, par déduction, le fait de revenir à la meilleure compréhension et le fait de revenir aux salafs car les salafs ne sont pas détenteurs, en toute exclusivité, de la compréhension authentique des textes puisque nombreuses furent leurs erreurs dans le jugement... Il faudrait ainsi chercher à comprendre pourquoi les trois premières générations furent les meilleures si l'on tient à dénouer la problématique du sujet, par laquelle Iblis a fait que certains aujourd'hui se sont attachés, comme les juifs d'autant, plus à des savants qu'ils ne se sont attachés au Coran et à la tradition...

J'espère que tu te concentreras sur ce que j'ai dit
Sans t'arrêter à la petitesse de que je suis
Par rapport à la grandeur d'un mouvement que je déconstruis
Comme le font à mon endroit les jaloux et les pseudo-salafis 

 

Mahdy Ibn Salah

1C2/187
2Boukhari, Moslim

Participant à cette conversation