Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Takfirisme - - Affichages : 1889

En réponse à une sœur qui me demande de réfuter ceux1 qui prétendent que je suis un mécréant parce que j’ai écrit dans l’un de mes ouvrages, le texte suivant :

 

« Je sais qu’il est difficile d’avoir la foi en Dieu dans ce pays qui regorge énormément d’athées et où l’on glorifie partout les passions. Je me souviens à l’âge de 14 ans avoir levé les mains aux cieux pour demander à Dieu : « Si Tu existes : manifeste-Toi par des signes évidents ! » En effet, je ne palpais plus cette présence divine qui m’accompagnait quand j’étais enfant. Je n’étais pas mécréant pour autant ! Mon incertitude, je la devais à mon ignorance et à mon éloignement de l’islam. En effet, on croit en ce pour quoi l’on agit, d’où le principe qui stipule que la foi en Dieu augmente par son obéissance et diminue par sa désobéissance. J’ai été traversé par de nombreux doutes au sujet de l’existence de Dieu et je pense que tu l’as aussi été. Je les ai vaincu les uns après les autres dans une inoubliable et fantastique quête de la vérité. »2

 

Je réponds à ceux là :

 

Quand bien même le doute à l’égard de l’existence divine ferait sortir de l’Islam, il est important de remarquer que les faits ont eu lieu dans le passé (à l’âge de 14 ans !) et que, par conséquent, il ne faut pas tenir compte de cet acte, à l’instant présent, si le doute à été résolu par la suite... Et ce surtout si le but de l’écrit était instructif ! S’arrêter sur l’acte, sans chercher à découvrir la portée instructive du récit, ou juger une personne actuellement pour un acte accomplit 15 ans auparavant, c’est mettre en évidence son propre égarement et sa propre étroitesse d’esprit, qui consiste chez certains à vouloir lancer le Takfir dès que l’occasion peut se présenter ! Et la preuve se trouve dans le verset suivant, au sujet d’Abraham : « Quand la nuit l’enveloppa il observa une étoile et dit : « Voilà mon Seigneur ! » Puis, lorsqu’elle disparut, il dit : « je n’aime pas les choses qui disparaissent. »Tout le monde conviendrait avec moi que considérer « Allah comme étant une étoile » est de la pure mécréance ! Et c'est pas pour autant qu’il faut considérer Abraham comme étant un mécréant, si l’on s’arrête à l’expression «Voilà mon Seigneur ! » par l’analyse hors contexte de celle-ci ! Non, bien évidemment ! Car une parole ou un acte n’a de sens que par rapport au contexte dans lequel elle est prononcée ou accomplie ! Et le but du récit, pour ce qui concerne le verset cité en haut, est de mettre en évidence que la divinité véritable a pour attribut « l’éternité et le non changement » et que, par conséquent, les choses éphémères ne peuvent revendiquer une part de la divinité puisque leur caractère passager indique qu’elles ne sont pas indépendantes, et donc qu’elles ne peuvent aspirer à être la source de la dépendance des créatures, vers qui ces dernières doivent s’orienter pour l’adoration et l’invocation ! Ainsi, on a toujours besoin du contraire d’une chose pour mettre en évidence cette même chose ! Ne dit-on pas que les choses se distinguent par leurs contraires ? Dans mon texte, je voulais par le doute, comme dans les mathématiques où l’on raisonne par l’absurde, mettre en évidence que les péchés font diminuer la foi au point où la palpation de la présence divine peut disparaître, de sorte que le doute s’empare progressivement du cœur. Lever les mains au ciel et affronter son propre doute, c’est en quelque sorte aspirer à dévoiler la foi que le doute voile ! A partir de là, nous comprenons qu’il existe deux types de doute :

 

  • Un doute lié à l’absence de la conviction car le doute est le contraire de la certitude, tout comme l’hypocrisie est le contraire de la sincérité. Ainsi, tous ceux qui n’ont pas la certitude possèderont naturellement une part de doute ! Et la preuve se trouve encore dans le Coran  au sujet d’Abraham : « Ainsi avons-nous montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre afin qu’il fut de ceux qui croient avec conviction»4 Si Allah a montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre afin qu’il soit de ceux qui croient avec conviction, c’est qu’avant cette conviction, il possédait un doute lié à son absence de certitude. Et la preuve se trouve dans cet autre verset coranique : « Et quand Abraham dit : « Seigneur ! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts. » Allah dit : « Ne crois-tu pas encore ? » « Si ! dit Abraham, mais pour que mon cœur soit rassuré. »5 Si le cœur d’Abraham n’était pas rassuré, avant l’acquisition de la certitude, c’est qu’il possédait un doute ! Et c’est ce doute qui a stimulé la volonté d’Abraham à vouloir l’éradiquer. Et le doute qu’il possédait ne fait, de toute évidence, par sortir de l’Islam ! En effet, il y a une grande différence à opérer entre celui qui doute par absence de la conviction car personne n’est parfait et celui qui doute par la mécréance, c’est-à-dire la négation d’une vérité ! 
 
  • En effet, le second doute est un doute qui fait sortir de l’Islam quand il consiste à remettre en cause une évidence de la révélation, découlant de l’association d’une fausse divinité à Allah. S’il est vrai que l’existence divine est une évidence, alors douter de celle-ci nous exclue naturellement de l’Islam s’il est consécutif de la négation d’une vérité or le conditionnel de la phrase employée, sur laquelle se basent certains pour m’excommunier : « Si Tu existes : manifeste-Toi par des signes évidents ! » révèle que nous avons à faire à un doute lié à une absence de conviction et pas à une négation d’une évidence qu’est l’attribut de l’existence pour Allah car s’il y avait ici négation de l’existence divine, il n’y aurait, en effet, aucun intérêt à demander un signe ! Ainsi, la phrase est en quelque sorte une invocation (soit l’augmentation de la foi par la manifestation d’un signe) moyennant l’évocation de l’attribut de l’existence par le conditionnel « Si ». Et la preuve qu’il est légitime de demander un signe à Allah se trouve dans le Coran : « Ô Zacharie, Nous t’annonçons la bonne nouvelle d’un fils, Son nom sera Yahya. Nous ne lui avons pas donné auparavant d’homonyme. » Et il dit : « Ô mon Seigneur, comment aurai-je un fils, quand ma femme est stérile et que je suis très avancé en vieillesse ? » Il lui dit : « Ainsi sera-t-il ! Ton Seigneur a dit : « Ceci m’est facile. Et avant cela je t’ai créé alors que tu n’étais rien. » « Ô mon Seigneur, dit (Zacharie), accorde moi un signe. » Ton Signe, dit (Allah) sera que tu ne pourras pas parler aux gens pendant trois nuits tout en étant bien portant. »6

 

Je pense, en conclusion, ma sœur fiLlah que la mise en évidence de ces deux types de doute ( rationnel et émotionnel) est fondamentale pour ce qui concerne notre propos, qu’est ici l’excommunication (takfir). Il est intolérable que des petits se lancent dans cette thématique sans maîtriser cette science, ou sans défaire la confusion dans les significations ! N’oublions pas que celui qui lance à tord le takfir sur quelqu’un alors son accusation revient vers lui.

 

Wa bilahi ta’ala taoufiq

Mahdy Ibn Salah

 

 

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