Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Takfirisme - - Affichages : 2985

 

La règle qui énonce « celui qui ne fait pas le takfir du kafir est un kafir »[1] ne mérite pas le nom de règle pour deux raisons car elle ne peut pas s’appliquer absolument, ni en amont, ni en aval puisque respectivement le takfir est une question équivoque qui peut mener les uns à le pratiquer dans un cas précis et pas les autres, et dans un second temps, il est connu chez les gens de science, concernant cette question, qu’il faut faire du cas par cas et ne surtout pas généraliser ! Ainsi, si cette règle ne s’applique que relativement alors son application absolue risque de mener au sectarisme des khawaridjs car effectivement pour éviter l’excommunication, il faut excommunier les excommuniables, et par déduction, les rechercher au préalable !

 

En effet, la pratique d’un acte de mécréance n’implique pas nécessairement l’excommunication de son auteur puisqu’il faut mettre en évidence la différence entre le koufr de l’acte et le koufr de la croyance. Quand un acte de mécréance n’est pas accompagné d’une mécréance doctrinale alors l’auteur n’est pas mécréant, et la preuve se trouve dans ce verset : « Quiconque renie Dieu après avoir cru – à moins d’y être contraint tout en demeurant fidèle intérieurement à sa foi - , ainsi que ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à l’impiété, ceux-là, la colère de Dieu s’abattra sur eux et ils seront voués à un terrible châtiment. »[2] Ainsi, il faut bien mettre en relief la différence entre le côté émotionnel et le côté rationnel d’un individu car c’est uniquement à partir de son côté rationnel que l’on peut porter un jugement. En effet, le doute sensible n’est pas un doute de principe. Et la preuve se trouve dans ce passage du Coran : « Et quand Abraham dit : « Seigneur ! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts. » Allah dit : « Ne crois-tu pas encore ? » « Si ! dit Abraham, mais pour que mon cœur soit rassuré. »5 Et dans cette tradition authentique[3] où un homme dit : «Quand je serai mort, incinérez-moi et répandez mes cendres dans la mer »  Il pensait que cet acte lui permettrait d’échapper au châtiment d’Allah. Sa famille a alors fait ce qu’il avait ordonné. Allah rassembla alors ses cendres, le ramena et lui demanda « Pourquoi as-tu fais ceci ? » Il répondit, « Mon seigneur, j’avais peur de ton châtiment ». Et Allah lui pardonna.

 

 Ainsi, avant de pratiquer le takfir, il faut qu’il y ait un intérêt à le faire comme c’est le cas pour le takfir de personnes célèbres ou influentes, ou pour encourager le désaveu d’un croyant à l’égard d’un proche mécréant, et il faut aussi vérifier qu’au préalable l’individu ne possède pas une excuse comme l’ignorance, la mauvaise interprétation des sources scripturaires, la contrainte, l’insouciance, ou le caractère récent de sa conversion etc… Il faut donc bien distinguer entre le caractère excommuniant d’un acte et l’excommunication d’une personne car très souvent il y a une opposition entre l’intérieur et l’extérieur !

 

Ne juge jamais le fond des gens à partir de leur extériorité

Car sans l’épreuve par laquelle les cœurs sont dévoilés

Tu trouveras qu’il existe autant d’hypocrites qui font des bonnes actions

Que de vertueux qui par ignorance, ont péché

 

Il y a un grand danger à ne pas opérer une distinction entre l’intérieur et l’extérieur des gens, entre le cœur et les actes, entre le rationnel et l’émotionnel d’une personne…

 

C’est pourquoi, il y a des étapes à respecter avant de pratiquer le takfir soit de :

-         S’assurer que l’acte en question est réellement un acte de mécréance car il existe des actes où le statut excommuniant est sujet à divergence comme le vote par exemple

-         Vérifier que l’individu pratique cet acte avec cœur et en toute conscience

-         Et ne surtout pas généraliser, ni particulariser  

 

En effet, il existe un groupe égaré que l’on appelle « khawaridj » que l’on reconnait aux caractéristiques suivantes :

-         Ils possèdent une laideur intérieure qui ressemble à celle d’Iblis c’est-à-dire une sincérité contenue à l’intérieur d’une hypocrisie dans la mesure où ils sont capables de grand sacrifice, mais cela uniquement pour gonfler leur amour propre, d’être des supérieurs par rapport au commun des gens !

-         Des conséquences de cette laideur, ils sont étroits d’esprit, car l’hypocrisie mène à l’incompréhension, donc ils n’arrivent pas à comprendre correctement les textes, à nuancer et à opérer des distinctions sages et nécessaires, que ce soit entre la forme et le fond, entre l’acte et le cœur d’une personne

-         Ils considèrent à tort certains actes comme faisant sortir de l’islam

-         Et ils pratiquent un takfir de masse, par généralisation vis-à-vis de ceux qui accomplissent ces actes

 

Vous avez les 4 principales caractéristiques par lesquelles vous pouvez reconnaître un takfiri sachant qu’il existe des degrés d’adhésion à ce courant égaré dont les membres furent appelés par notre prophète : « chiens de l’enfer ! »[4]

 

Mahdy Ibn Salah

 

 

 



[1] Celui qui ne rend pas le mécréant, mécréant devient lui-même mécréant
[2] C16/106
[3] Boukhari
[4] Ahmed, Tirmidhi
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