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Écrit par Mahdy Ibn Salah  •  Catégorie : Takfirisme  •   •  Affichages : 1943

 

Salam alaykoum...

 

Pour ma part, je suis contre le vote mais respecte tout de même votre avis. Ceci dit, les avis tranchés ne sont pas uniquement dans un sens. J'ai pu remarquer à ma grande surprise (ce qui m’a conduit à entrer dans les polémiques sur le sujet avant le premier tour) que les partisans du vote étaient tout aussi virulents et culpabilisants que les premiers. Ils nous accusent d'être limite, les responsables de l’islamophobie par notre soi-disant "non participation" (qu'ils assimilent à tort à de l'indifférence et à de l'immobilisme) alors que, lorsque je leur avais posé, de manière subtile, la question de qui représentait le moindre mal, quelle loi d'Allah, ils étaient prêts à piétiner pour lutter contre le moindre mal, je me suis retrouvée en face d’un mur de silence pour les cas les plus réfléchis ou à des reproches de divisions chez ceux contaminés par la dualité. L’islamophobie ne cessera jamais, il faut que les musulmans en prennent conscience et cela tant que les bouches glorifieront le nom de leur Seigneur. Je veux bien qu'on évoque la question de la maslaha mais j'estime que le rôle des prédicateurs (attention je ne parle pas de vous, je sais que vous n’avez de cesse de rappeler l'importance du Tawhid) est aussi de mettre en garde les musulmans qu'ils invitent à voter dans les états qui jugent à partir de lois humaines au détriment de lois divines, que faire la promotion de ces lois en leur donnant par notre participation une certaine légitimité, voire pire en estimant qu'elles peuvent être des substituts aux lois de Dieu ou meilleurs qu'elles, nous fait sortir de l'islam. Ceux qui ne jugent pas par ce qu’Allah a fait descendre, les voilà les injustes, les pervers, les mécréants. Je n'ai pas entendu un prédicateur mettre en garde contre ce fléau (certains ont sûrement dû le faire, toujours est-il que ce ne sont pas eux qu'on entend le plus). Qu'on ne s'étonne pas dans ces conditions, que d'ici deux générations, la foi disparaisse au profit d'une religion dépouillée de son fond pour ne garder que des vestiges culturels et une trace lointaine de son passage. On devrait méditer sur le cas de l'Espagne après la reconquista et des ravages de la taquia et de la maslaha sur les musulmans d’Andalousie. Je suis attristée par ce qu'on a fait de l'héritage que nous ont laissé les prophètes. On est en plein dans al wahn: l'amour de la vie d'ici bas et la peur de la mort qu’avait présagé notre noble Prophète sur lui la paix. Il est révolu le temps de ceux qui meurent avec le mot "L'Unique" dans leur bouche, alors qu'on les jette dans le feu, les scie en deux, les torture sous la chaleur caniculaire un rocher sur le vendre. Le Prophète sws avait dit: n’associez rien à Allah même si on devait vous brûler ou vous déchiqueter en morceaux (Boukhari). Je vous rassure, cher professeur que mon intervention est dénuée de toute prétention. Mon intention n'est nullement de diviser, de prendre de haut (car je me considère comme ignorante) ou de mettre qui que ce soit en port à faux. Je veux juste comprendre pourquoi celui qui a délaissé ce monde et lutte pour que l'unicité de dieu, sa magnificence soit clamée et ce au détriment de sa propre existence devient un ennemi au sein même de sa propre communauté.

 

Wa ahléikoum salam, orti fiLlah,

 

Ta lettre est juste, j’y adhère entièrement, et tu as donc raison, par souci d’équité, de me pousser à dénoncer simultanément les deux extrêmes plutôt que de me concentrer vers un extrême, au risque de profiter et de servir les intérêts de l’autre côté, tout aussi égaré, voire pire !

 

En effet, si je me suis attaqué à ceux qui condamnent le vote, c’est uniquement ceux qui pratiquaient l’excommunication à la légère des participants à ce dernier, que je visais ! Je n’ai eu de cesse de répéter que l’opinion de l’opposition au vote, je la respectais tant qu’elle n’était pas le fruit d’un sectarisme et qu’elle ne menait pas à un takfir injustifié.

 

J’ai, par ailleurs, invité mes lecteurs à orienter leur attention vers les vraies raisons qui devraient nous pousser à nous opposer au vote, soit la perte de l’identité musulmane ! Et je te remercie de m’avoir écrit car ta lettre me permet de me repositionner vers le juste milieu, en condamnant ici, cette fois-ci, les partisans du vote, qui veulent par cet acte, prouver leur intégration à leurs concitoyens.

 

En effet, une identité se définit par une conviction, ainsi qu’une pratique individuelle et collective, si bien qu’un vrai musulman se doit de croire en l’unicité divine, puis de mettre en pratique les injonctions de la révélation, et d’adhérer à la communauté des croyants, dans son effort collectif à donner la victoire, sur terre, à la parole d’Allah sur tous les autres systèmes organisationnels.

 

Or, nous traversons une époque où le complexe d’infériorité a frappé les membres de notre communauté de foi, à cause de l’absence sur terre d’un Etat musulman fort, si bien que le référenciel pour ces derniers n’est plus le divin mais le regard de leurs concitoyens, à un tel point qu’ils se sont mis à imiter les mécréants, d’une imitation impliquant un rabaissant de la véritable religion au profit de l’élévation de la France et de ses valeurs ! Or, notre Prophète sws disait dans une tradition authentique : « Celui qui ressemble à un peuple devient l’un des leurs ! » L’apparent de ce récit évoque la mécréance de celui qui imite les mécréants car ressembler implique de rendre « meilleur » celui que l’on veut calquer, et cette « valorisation » s’opère toujours par un rabaissement intérieur de l’identité opposée !

 

Or, il est vrai que les musulmans de France ont subi une certaine assimilation, en raison de l’influence de la laïcité qui a séparé, chez eux, la pratique individuelle de la pratique collective, si bien que l’on peut trouver, ici et là, des musulmans complètement déconnectés par rapport au social, à la politique, à la situation de la oumma de part le monde, et surtout au devoir de restaurer le Khalifat ! Que dis-je, un grand nombre, d’entre eux, à cause de la télévision, prirent même position contre l’Islam authentique, en adoptant la posture occidentale concernant les Talibans ou Ben Laden par exemple…

 

Ce fut d’ailleurs mon combat de la première heure, si tu lis mes ouvrages et visionnes mes vidéos, que de lutter contre cette assimilation qui limitait l’adhésion à la religion, aux prénoms à consonance musulmane, à quelques tableaux calligraphiques accrochés aux murs,…, ou à quelques va-et-vient à la mosquée !

 

Et ma crainte de voir grandir cette assimilation, s’est vue confirmer quand aujourd’hui autour d'El Yamine Soum, Ali Soumaré et Rokhaya Diallo, des humanistes athées, agnostiques, croyants ou pratiquants, de religion ou de culture musulmane, veulent se réunir pour refuser "de haïr ceux qui approuvent les thèses qui les offensent", par la signature d’un "Manifeste" des "musulmans d’apparence" dans la finalité de libérer une partie de la population française de son islamophobie !?

 

Or, « aimer et détester pour Allah » fait partie de la plénitude de la foi selon une tradition ! Il est, en effet, contraire à l’Islam que de refuser de haïr une personne qui approuve des thèses contraires aux nôtres, surtout quand celles-ci touchent aux fondamentaux de notre religion, car cette absence de haine est une forme subtile d’adhésion, à l’idée contraire, par laquelle nous nous aveuglons vis-à-vis de la profondeur de la nôtre. Tout comme l’indifférence face au mal nous rend complice du mal, le refus de détester ceux qui approuvent les thèses qui nous offensent, nous rapprochent, par conséquent, d’un Islam purement d’apparence !

 

En effet, l’amour et la haine sont des indicateurs de notre identité car être musulman, c’est aimer et détester ce que respectivement Allah aime et déteste, puisque « notre identité, c’est notre foi » pour reprendre une expression de Sayyed Qoutb ! Tout manquement à ce niveau, est le signe d’une dépersonnalisation, opérée soit par les médias, soit par le pays de résidence, ou par le complexe d’infériorité…    

     

J’ai été l’un des premiers à énoncer l’expression « musulmans d’apparence », sauf que je visais, par cette dernière, ceux dont la religion se limitait à une pratique extériorisée, soignée au niveau de la forme, mais négligée au niveau de son fond et de sa profondeur, à cause de l’absence d’un Etat musulman sur terre... En effet, dans une tradition relative à la fin des temps, notre Prophète sws fait allusion à la reconquête de Constantinople (Istanbul). Or, la Turquie actuelle est musulmane à plus de 90 % ! On peut tirer de cette tradition, qu’actuellement l’Islam véritable n’est pas celui de la masse, ni celui des citoyens intégrés à leur pays de résidence, mais celui des marginaux du système, des étrangers du décor, de la minorité qui lutte, par leurs biens, et les armes à la main, pour la restauration du Califat selon la voie prophétique !

 

Cette expression « musulmans d’apparence » a été reprise dans son sens le plus fort, justifiée idéologiquement, par des gens qui n’ont plus rien à voir avec l’Islam, si bien qu’ils devraient enlever le terme « musulmans » du titre de leur « Manifeste » car l’Islam est un tout, et ne se décompose pas ! Se dire musulmans de culture, homosexuels, ou humanistes n’a vraiment aucun sens !

 

Ceux qui veulent voter, imprégnés par la philosophie de ce manifeste alors je reconnais ici, le caractère excommuniant de l’acte citoyen !

 

Mahdy Ibn Salah

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