Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Amitié - - Affichages : 1527

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Salam alaykoum wa rahmatouLahi wa barakatouh,

 

Je m'adresse à vous aujourd'hui avec un cœur lourd et un esprit immergé dans la confusion. Le doute qui a envahi mon cœur a métastasé ma vue et atrophié mes membres. Pour résumer mon état d'esprit en quelques lignes, je dirai que je suis debout sur un rond point et que se dressent en face de moi une multitude de chemins qui en apparence se ressemblent mais qui empruntent des directions différentes. Je suis dans l'incapacité de choisir ma direction car j'ai peur des dangers qui me guettent et d'être happé par ces derniers à la moindre baisse de vigilance. Ces craintes trouvent leur origine dans mes expériences quotidiennes et mes avertisseurs émotionnels que je tente d'étouffer me pensant sous l'emprise démoniaque. Or, je constate à chaque fois, que ce n'était finalement que la lumière divine qui tentait par des signaux internes de m'avertir du danger auquel je m'exposais. Il y a deux ans, je vous ai fait part de mes souffrances. Je ne me souviens plus du contenu de la lettre, je me rappelle seulement à l'époque avoir mis l'accent sur mon esprit embué et l'aspect handicapant de ma "possession" sur le plan spirituel, social, intellectuel et physique. Je vous avais également parlé du frère qui venait de rentrer dans ma vie et que je soupçonnais d'être un espion. Vous m'aviez conseillé de ne pas fusionner avec mes démons au risque de perdre complètement le contrôle de ma raison et finir dans une unité psychiatrique à avaler des cachetons. J'ai essayé de prendre en considération l'avis que vous m'aviez prodigué. C'était très difficile car j'étais dans une phase d'instabilité émotionnelle quasi totale. Je n'avais aucun répits "intellectuel". Mon cerveau était constamment sollicité, que ce soit dans l'analyse de l'environnement et des personnes qui m'entourent que dans la recherche de solution à mes problèmes. Je dormais peu et mal et la journée je ressentais toutes les émotions de ceux qui m'étaient proches (tristesse, colère, haine, jalousie, indifférence etc...). C'est comme si j'étais à l'intérieur d'eux. Ce phénomène, je ne me l'explique pas. Je l'ai depuis enfant. Quant à vous dire à quand ça remonte, je l'ignore. Ceci étant dit, j'ai tenté de prendre en considération vos remarques et placer ma confiance en Allah. J'ai commencé à m'ouvrir à cette personne et arrêter de lui faire des procès d'intention. Ce revirement de situation a été facilité par les révélations faites sur son passé douloureux. Je me suis dit comme cette personne a été abîmée par la vie, elle ferait attention de ne pas me détruire davantage. Je l'avais mis en garde de me laisser en paix n'étant pas en possession de mes moyens psychologiques pour prendre soin d'une autre personne mais il avait insisté pour être à mes côtés dans cette épreuve. Les années ont passé. Le mariage ne s'est pas conclu. Il ne trouvait pas de travail et n'avait aucune réponse pour l'appartement. Au début, il était présent, attentionné et attentif à tout ce qui me touchait. Ensuite, [c'est survenu au moment où des sentiments pour lui ont commencé à naitre], il prenait peu à peu de la distance. Je ne lui en voulais pas vraiment même si ça m'attristait. Je n'avais pas le droit de l'enchaîner avec mes tribulations. Il ne me devait absolument rien. Seulement, j'attendais de lui un peu d'honnêteté et qu'il soit clair dans ses intentions à mon égard. Mais il avait toujours le mot pour me rassurer. Il se justifiait en me disant que s'il s'amusait avec moi, il ne m'aurait jamais présenté à sa mère. Au mois de ramadan dernier, il commence à m'avouer qu'il n'a plus les mêmes sentiments pour moi qu'au début. Il avait insisté pour qu'on coupe le contact un temps afin qu'il remette un peu d'ordre dans ses idées. Je me suis sentie blessée et j'ai réagis très violemment. J'ai versé dans les imprécations en lui souhaitant d'être avec une femme qui le fera autant souffrir qu'il m'a fait souffrir. Je suis consciente à froid que ce n'était pas une attitude très intelligente. Mais sur le coup, je ne contrôlais plus mes émotions. Je m'apprêtais à détruire ma puce téléphonique quand il me recontacta et me présenta ses excuses. Nous renouions alors une relation en vue d'un mariage. Mais ces événements ont laissé des traces. Je ne lui faisais plus confiance. Je me suis mise à analyser l'adéquation de ses paroles avec ses actes. Quoi de mieux qu'un réseau social pour tenter de percevoir la véritable personnalité d'un individu. Lui qui refusait toute "mixité" (par contre ça ne le dérangeait pas de parler avec moi), je constatais qu'il avait des femmes dans ses amis facebook. J'ai profilé ses contacts, toutes sauf une avaient un réseau fermé. Je remarquais que chez la soeur qui avait son réseau d'ami visible, il n'y avait qu'un homme dans ses contacts et c'était lui. En questionnant la soeur, j'appris qu'il était avec elle depuis plus d'un mois (ce qui correspondait au début du ramadan). Je l'ai contacté pour lui faire part de ce que j'avais appris. Il a d'abord nié, puis s'est confondu en excuses et versa des larmes de crocodiles (ça s'entendait qu'il faisait la comédie) en me jurant que la seule personne avec qui il voulait faire sa vie, c'était moi. Il me dégoûtait. Ce n'était plus la personne gentille que j'avais connu qui était face à moi mais un manipulateur. Je ne voulais plus entendre parler de lui. Ma première expérience similaire m'avait rassasié. Il se mit alors à faire des confidences, à jouer l'hypocondriaque et se diagnostiquer une possession. Il m'avoua qu'il ne voulait plus prier, que ses relations avec ses proches se dégradaient et qu'ils s'amusaient avec ses femmes. Il voulait que je l'aide à s'en sortir. Je lui répondis que je ne pouvais rien, qu'il n'avait qu'à se tourner vers son Seigneur. Il insista pour que je lui laisse une dernière chance. Une semaine après, je m'envolais pour Londres. J'avais besoin de souffler mais peine perdue. La personne qui m'accompagnait aspirait mes démons et me provoquait par des réflexions. J'ai essayé de prendre sur moi mais au bout d'un moment ça a éclaté. Je lui ai vomis tout ce qu'il y avait dans mon coeur. Je n'en pouvais plus. Durant mon séjour, il explosait son forfait pour m'appeler. Je me suis dit que j'allais lui laisser une chance. Il a été là durant beaucoup de moments difficiles. Mais rebelote... Au mois d'octobre, il m'annonce qu'il faut qu'on cesse de communiquer ensemble et qu'on passe par sa mère pour se transmettre des messages. Il m'explique qu'il n'est plus sûre de vouloir m'épouser, que je ne corresponds plus à ce qu'il attend d'une femme... Je suis effondrée. Je suis vidée de l'intérieure. Au moment où je commence à repenser ma vie sans lui, il m'envoie des messages pour prendre de mes nouvelles et me faire part de ses sentiments. Sur un ton incisif, je lui ressors toutes ses vexations. Il m'explique qu'il a dit ça sur un coup de tête. Mais moi je ne cesse de penser qu'il m'utilise à chaque fois qu'il est esseulé. Il y a une semaine, après plusieurs jours de silence, je lui envoie un message. Je lui dis que je suis consciente qu'il n'a pas envie de m'épouser et que s'il le fait, ça ne serait qu'à contrecœur. Je finis par lui dire que je n'ai aucunement besoin de lui dans ma vie. Il m'appelle deux fois le lendemain dans l'après-midi mais je ne lui réponds pas. Depuis, je reste sans nouvelle de lui. Je tiens à signaler que j'ai fait deux rêves très récents de lui. Dans le premier, je faisais une séance de roqya et l'homme qui m'examinait me disait que c'était peine perdue et que je n'allais jamais me libérer de mon mal occulte. Attristée, je finis par lui dire: A Dieu nous appartenons et à lui nous retournerons. Je sors du lieu et tout à coup je vois le frère dans un appartement rire avec une femme. Le dernier rêve remonte à il y a une semaine. Je le vois dans un lieu tout noir. De chaque côté il y avait des femmes qui s'amusaient et lui est emporté par un tourbillon qui le mène vers elles. Cet après-midi, ma soeur me propose de me mettre en contact avec un frère. Elle n'est pas au courant de cette relation. J'allais refuser mais une voix m'a poussé à accepter. Par la suite, j'ai regretté mon choix car cette acceptation découle de ma rancune à son encontre et non d'un choix conscientisé. Je suis prise de remords. Je n'ai pas l'habitude de me comporter aussi malhonnêtement avec les gens. D'habitude ce sont les autres qui me font subir leurs entourloupes. Pour être sincère avec vous, je n'ai vraiment plus envie de me marier avec qui que ce soit. Il y a des gens qui ne sont pas fait pour se marier j'en reste convaincue. Je veux juste trouver l'équilibre qui puisse me permettre de cheminer vers mon Seigneur dans l'apaisement. Malheureusement, je suis prise constamment d'appréhension qui me bloque et enchevêtre mon chemin vers la vérité. J'ai été très longue mais j'ai voulu paraitre clair en exposant le détail de mon problème. Quand je parle de mon histoire avec ce frère, c'est surtout pour mettre le doigt sur mes relations avec les autres. Je ne fréquente plus personne. Les seules personnes qui m'entourent sont mes proches. Je fuis les gens car toutes les relations que j'entretiens avec les autres, une fois investie, deviennent destructives. Je reste consciente que vous avez d'autres soucis plus urgents à régler que les miens, mais si vous pouviez m'aider ne serait ce que par quelques lignes, je vous en serai grès.

Wa ahleik salam,

J’ai toujours considéré l’adhésion à la jama’a comme une thérapie en soi. Cela étant, il existe plusieurs types de personnes par rapport à la réticence d’adhérer à une jama’a :

-         Ceux qui ne veulent pas subir la nuisance des autres ou nuire à autrui

-         Ceux qui veulent camoufler et conserver leur véritable visage maléfique

Dans tous les deux cas, s’écarter de la jama’a n’est pas bon signe mais il existe une catégorie de personnes qui savent qu’ils risquent de nuire à la jama’a, et qui des conséquences de cette connaissance fuit le groupe afin de l’épargner de leur mal ou de ne pas subir le mal.

L’autre catégorie est celle de ceux qui craignent d’être démasqués dans leur hypocrisie et, qui par conséquent, soit n’adhèrent pas à la jama’a, soit adhèrent à celle-ci mais uniquement de manière superficielle, afin de pouvoir mener à bien leurs stratagèmes.

La première catégorie est celle des sincères qui sont incapables de surmonter l’épreuve du regroupement et qui des conséquences de leur nature siamoise risque d’absorber le diable des autres pour s’allier avec ce dernier contre les autres ! C’est la catégorie des hypocrites potentiels que l’on reconnait, dans la vie, au fait qu’ils peuvent changer d’humeur rapidement et ressentir, par déduction, des sentiments mauvais à l’égard d’autrui, et ce, malgré eux sans pouvoir canaliser cette négativité et l’empêcher malheureusement de se concrétiser en actes.

Donc, soulignons que cette catégorie est composée de personnes sincères qui peuvent toutefois des conséquences de leur nature siamoise nuire à autrui ou subir la nuisance des autres ! Il ne faut, par déduction, pas se précipiter à les condamner, ni à les mettre à l’écart des conséquences du fait qu’ils peuvent déclencher des guerres et des rivalités pour des mésententes nées d’intuitions précoces, fruit en réalité d’alliances émotionnelles ou de waswas démoniaques.

La seconde catégorie, par contre, est celle de ceux qui lorsqu’ils s’écartent de la jama’a n’aspirent pas à protéger le groupe de leur propre nuisance mais veulent uniquement camoufler leur véritable visage, susceptible d’être mis à nue par la fréquentation constante comme la cohabitation !

La nuance est importante à opérer ici entre les deux catégories car vous avez, effectivement une catégorie qui est consciente de son propre mal et qui veut prémunir les autres de celui-ci et une autre qui veut protéger vicieusement l’existence de son propre mal ! La première catégorie est celle des hypocrites de contrainte et l’autre celle des hypocrites de volonté !

L’hypocrisie de contrainte consiste à subir d’abord une émotivité négative vis-à-vis d’autrui puis de la partager à cause d’une faiblesse circonstancielle par la mauvaise opinion tandis que l’hypocrisie de volonté consiste à forger d’abord une pensée négative à l’égard d’autrui et ensuite la nourrir par l’émotivité négative !

Je vous sais être une sœur très sincère mais hélas votre nature siamoise est une épreuve pour vous. D’ailleurs, c’est un problème féminin car généralement, la cohabitation entre sœurs au sein d’un même espace est souvent catastrophique des conséquences du mélange explosif que peut constituer l’unité de deux personnes siamoises émotionnelles qui peuvent chacune réceptionner le diable de l’autre !

C’est le cas par exemple d’un couple dont les deux éléments s’aiment mais sont hélas incapables de maîtriser l’influence négative du diable de l’autre en raison de leur nature siamoise émotionnelle, et qui des conséquences de cela vivent un enfer composé d’alternances entre disputes et réconciliations, qui évidemment usent et consument l’amour et le bonheur !

C’est pourquoi, il est important dans le choix du conjoint de regarder sa nature car pour qu’il ait compatibilité à ce niveau, il faut qu’il y ait dissemblance et non ressemblance ! Ainsi, si vous êtes siamoise émotionnelle, il faut rechercher un être plutôt rationnel susceptible de stabiliser vos humeurs car tomber sur un être de même nature que vous, c’est risquer, s’il y a un manque de piété dans la relation, de raviver et d’alimenter votre instabilité et simultanément votre mal être !

Je vous invite à livrer une bataille sans merci à votre âme, en essayant de ne plus réceptionner le diable des autres qui vous dressent contre les autres, et en devenant indifférente à l’égard des attaques d’autrui à votre égard. Le prophète a dit : « Le croyant qui fréquente les gens et fait preuve de patience face à leurs nuisances vaut mieux que celui qui ne les fréquente pas et ne patiente pas face à leurs nuisances. »[1] Si vous menez à bien ce combat, en aimant vos « ennemis » de contrainte, je vous promets une guérison rapide et totale, bi haouli lah !

Mahdy Ibn Salah

   


[1] Ahmad

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