Écrit par Mahdy Ibn Salah - Catégorie : Takfirisme - - Affichages : 1653

 

 

As-salâmu 'alaykum wa rahmatullahi wa bârakatuh


Cher frère Mahdi,


Je vous suis et vous écoute depuis un bon nombre de mois maintenant, j'admire votre largesse d'esprit et surtout votre souci d'amener des perceptives et initiatives louables pour la Ummah en France.

J'ai eu plusieurs fois par l'intermédiaire de frères vous côtoyant ( A. du CIRD, le frère H. de St Denis...) des bons échos sur votre dogme et votre pédagogie très judicieuse même je suis en désaccord avec quelques démarches hasardeuses à mon sens (le domaine administratif et électoral).

Cet enthousiasme m'a amené donc à lire un peu vos ouvrages pour me faire une idée globale de votre pensée et là j'y ai parfois vu contrairement à votre ouverture d'esprit une description très fermée, simpliste et tronquée des dits "Takfiris" de notre époque.


Vous qualifiez certains de vos frères et sœurs de "Takfiris" par des caractéristiques très faciles et légères rarement observées dans les ouvrages scientifiques de nos érudits anciens où actuels, je vous cite ici : "Les Takfiris sont des gens qui focalisent sur le Tawhid collectif c’est-à-dire l’instauration de la loi divine au sein de l'État."


"Nul doute que l’acte de juger selon autre que la loi divine est un acte de mécréance qui entache la société de mécréance aussi mais c’est une question qui risque d’engendrer plus de mal que de bien quand on la privilégie au détriment de l’orientation prioritaire de nos âmes par cette même loi divine ! La sagesse consiste à agir par étapes en tenant compte du contexte." [Extrait de votre ouvrage " La délivrance face à la divergence"]


J'avoue rester dubitatif face à ces paroles, en quoi se focaliser sur l'instauration de la loi d'Allah sur nos terres est un signe de takfirisme ?


En quoi privilégier l'orientation vers la question des dirigeants despotes qui ont troqué la législation d'Allah pour celle des hommes, puis combattent avec force tous les opposants qui souhaitent cette législation et accordent totale allégeance à nos ennemis impérialistes dans ce combat est une caractéristique de Takfiri et une question dangereuse ??

Parler de conception ou de pédagogie divergente dans les priorités certes mais de là à dire que les tenants de cette pensée sont des takfiris, c'est rocambolesque !


Dans un autre essai, vous dites :"Je vise par takfirisme la secte qui contient en son sein tous les groupes dérivés du Kharidjisme que je caractérise par les deux spécificités suivantes :

La révolte irraisonnée contre les gouverneurs qui ne jugeraient pas selon les lois divine[...]" "Aujourd’hui, en France, les groupes pro-takfiris pratiquent l’excommunication des musulmans non-pratiquants."[Extrait de l'essai "Lettre aux musulman de France"]


Encore une fois ce sont des propos extrêmement légers pour nommer un individu possédant cette vision de takfiris ! Comment pouvez-vous qualifier vos frères et les savants qui excommunient les dirigeants qui légifèrent avec des lois humaines et combattent la loi divine de descendants des Khawârij ?


Puis ceux qui les combattent avec les armes de "takfiris" ? Nous pouvons naturellement être en désaccord de vue et de méthode sur ceci mais ici il n'est en rien un signe comparable au dogme hérétique des khawârij !


Quant à l'autre parole, nul besoin de commenter une telle énormité ! Excommunier un "musulman" qui ne pratique rien de sa religion serait une démarche de takfiri ! Je n'ai encore jamais lu une telle absurdité !


Je n'essaie pas ici de polémiquer ou de répondre scientifiquement à vos paroles mais seulement à savoir avec quel procédé théologique vous êtes advenu à coller ce nom sectaire à vos frères et sœurs dont le dogme est celui des gens de la Sunnah mais dont la pédagogie est sujette à caution certes?


Vous fermez ici la porte à de nombreux frères et sœurs désireux d'adhérer à votre méthodologie!

Je regrette sincèrement d'avoir à vous dire ceci étant donné mon admiration pour votre travail, je vous voie d'ailleurs trop autodidacte dans vos conclusions en générale, conclusions et développements souvent peu étayées par des paroles des gens du savoir bien qu'elles y rejoignent souvent les interprétations.


J'attends avec impatience votre réponse et vos explications.

Votre frère Abû 'Ubaydah al-Hindî.

 

Réponse au frère Abû 'Ubaydah al-Hindî à propos du « takfirisme »

 

En quoi se focaliser sur l'instauration de la loi d'Allah sur nos terres est un signe de takfirisme ?

 

Il est vrai que la focalisation sur l'instauration de la loi divine n'est pas le signe qui caractérise exclusivement les takfiris car tout bon musulman doit se soucier de l'établissement de celle-ci, mais j'aimerai souligner que la nuance à opérer se localise au niveau du terme « focaliser. » La focalisation, effectivement, est l'une des voies de la naissance du sectarisme! Quand l'individu focalise sur un aspect de la religion de part son étroitesse d'esprit, au point d'annuler le respect des priorités relatif à la spécificité d'un contexte, alors il ressemble aux khawaridjs de la première heure qui scandaient un seul verset du coran: « Le jugement appartient à Allah » pour mettre de côté le reste, relatif à la concorde et à l'importance de l'unité, bien plus important que ce dernier! La révélation contient, en effet, des degrés d'importance! La loi divine appliquée sans sagesse peut devenir la plus injuste qui soit, comme l'affirme Ibn Qayyoum al Jawisiya! C'est donc la vue globale qui manquait aux Khawaridjs et aux étroits d'esprit de la première heure, et Ibn Abbas a eu à faire avec beaucoup d'entre eux lorsque par exemple un individu est venu le réprimander quand il retarda une prière en raison de son discours! Et, Ibn Abbas de riposter en substance: « J'ai appris la sunna directement du messager d'Allah » dans le sens où il savait ce qu'il faisait, et qu'il était prétention de la part d'un novice de s'opposer à un grand dans le savoir, qui ici, concernait le respect des priorités!

 

Ainsi tout le malheur se localise dans la constitution d'un groupe où le leader serait un étroit d'esprit car les dommages risquent d'être supérieurs aux bénéfices, et ce, même si ce dernier est quelqu'un de sincère, fidèle à la tradition du messager d'Allah! C'est pourquoi notre prophète ne donna aucune autorité à Abou Dhar en raison de son émotivité qui risquerait de l'empêcher de voir globalement selon l'intérêt de l'ensemble! Que doit-il en être pour ces hypocrites et ces ignorants qui aujourd'hui ou de par le passé ont créé des groupes et dont l'étroitesse d'esprit à entrainer l'exclusion de tous ceux qui n'adhéraient pas à leurs groupes! C'est le cas des pseudo-salafistes, que je considère comme étant les khawaridjs des temps modernes à la seule différence qu'ils ne pratiquent pas le takfir mais le tabdi', différence annulée par le fait que le mépris pour le croyant qui ne partage pas leur minhag est le même!

Ainsi, les khawaridjs étaient alimentés par une fausse sincérité, à l'instar de celle d'Iblis, qui consiste à se sacrifier pour une cause noble mais selon une manière ignoble! Ils adoraient certes Allah, mais non selon la manière qui plait à Allah mais selon celle qui plaisait à leur ego! Donc la méthodologie est capitale! On doit effectivement aimer Allah, mais aussi aimer ce qu'il aime! Et se rapprochent, par conséquent, des khawaridjs ceux qui aujourd'hui veulent entrainer la chute du gouverneur selon la manière des khawaridjs, c'est-à-dire en s'écartant de la société et en pratiquant l'excommunication de ceux qui contribuent directement ou indirectement au système, comme avait procédé le groupe « hijra wa takfir » égyptien.

 

Après, j'avoue qu'il existe une ligne de démarcation entre les khawardijs et la Salafiyya affiliée à la pensée de Sayyed Qoutb, la salafiyya politique ou jihadiyya selon les contextes. Et l'on peut voir que je ne démarque pas nettement ces deux courants dans mes premiers ouvrages! En effet, étant un ex pseudo-salafi1, il me restait encore des vestiges de l'identité rabi'iste comme il en reste souvent chez ceux qui quittent une secte. En effet, beaucoup même après avoir quitté un mouvement restent encore imprégnés par la pensée de celui-ci, et cela est notable dans leurs vocabulaires ou leurs idées comme le concept de hijra ou celui de la notion de bid'a...

 

Et l'on sait que pour les pseudo-salafis les partisans de la salafiyya jihadiya ou Qoutbiyya sont des khawaridjs! Donc s'explique pourquoi, je ne démarquai pas encore assez bien les deux mouvements puisque je n'avais pas encore déconstruit en ma conscience la méthodologie rabi'iste et c'est une erreur chez moi que vous venez de mettre en évidence...

 

Mais je tiens à vous rassurer, aujourd'hui je démarque bien ces deux courants...

 

Qu'Allah vous en récompense...

 

Mahdy Ibn Salah

 

 

 

1Vous noterez que mon ouvrage « Lettre aux musulmans de France » à été écrit en 2003, donc 1 an voire 2 ans après mon départ du mouvement sectaire et égaré rabi'iste

 

  • Aucun commentaire trouvé