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Écrit par Mahdy Ibn Salah  •  Catégorie : Spiritualité  •   •  Affichages : 2714


Salam 3aleikoum, les frères et sœurs fillah,

J’écris comme convenu les détails que je vous avais promis concernant le sens de ce quatrain. Tout d’abord, il est important de recadrer les choses en apportant un résumé de l’histoire de Qais et de Leila : « Il y a bien longtemps, le beau Qays, fils d'une illustre famille de Bédouins, tombe éperdument amoureux de sa cousine Laïla. Le jeune homme est poète et ne peut s'empêcher de chanter son amour à tous les vents. Il exprime sans retenue son souhait d'épouser la belle Laïla. Erreur ! Fatale erreur ! Chez les Bédouins, il est de tradition que ce soit les pères qui règlent les mariages. Le désir crié par Qays est une ombre sur leur autorité et ceux-ci refusent donc cette union. Il se sert de ses poèmes comme d'une arme contre le pouvoir. La famille de Laïla obtient alors du calife la permission de tuer l'arrogant amoureux. Le calife fait venir Laïla pour voir sa si grande beauté. Il découvre avec surprise qu'il s'agit d'une jeune femme plutôt maigre, au teint brûlé par le soleil. Il décide alors de faire venir Qays et l'interroge : "Pourquoi aimes-tu cette femme qui n'a rien d'extraordinaire ? Elle est moins belle que la moins belle de mes femmes". Et Qays répond : "C'est parce que vous n'avez pas mes yeux, je vois sa beauté, et mon amour pour elle est infini." La famille de Qays demande Laïla en mariage contre cinquante chamelles. Mais le père de Laïla refuse. Qays perd la raison. Son père l'emmène à La Mecque pour qu'il retrouve ses esprits, mais le jeune homme entend une voix qui lui crie sans cesse le prénom de son amour. Son obsession est telle qu'on l'appelle alors le majnoun (le fou) de Laïla. Un jour que Majnoun est tranquillement chez lui, rêvant à son amour, un ami vient le prévenir que Laïla est devant sa porte. Le poète fou a pour seule réponse : "Dis-lui de passer son chemin car Laïla m'empêcherait un instant de penser à l'amour de Laïla". Quelque temps plus tard, Laïla se maria et quitta la région. Majnoun partit vivre dans le désert avec les animaux sauvages. Certains prétendirent l'avoir vu manger de l'herbe avec les gazelles. Un jour, on découvrit son corps inanimé, protégeant un ultime poème dédié à son amour... »

Aussi, le but de ce quatrain était de mettre en évidence que l’amour possède deux facettes comme toutes les choses de ce bas monde d’ailleurs.

Dans l’action « d’aimer le sentiment d’amour », je ne visais aucunement l’amour narcissique de ceux qui peuvent exploiter le sexe complémentaire pour satisfaire leur besoin d’apprécier ce sentiment de manière égoïste car il est évident qu’il n’y a rien de beau dans l’exploitation de son prochain, quand cette exploitation vise un objectif noble ou ignoble.

De la même manière qu’un parent est injuste s’il déconsidère son enfant dans l’éducation qu’il veut lui apporter, ou devrais-je dire lui imposer, il est injuste aussi de vouloir utiliser son prochain pour réaliser un intérêt égoïste quand l’obtention de cet intérêt s’opère par la déconsidération de la cause seconde qui peut être ici le sexe complémentaire…

Il en va de même de ceux qui sollicitent des thérapeutes tout en ne les respectant pas, c’est-à-dire en les déconsidérant puisque ne recherchant à travers eux que le résultat, en l’occurrence : la guérison.

Qu’on se le dise ! La déconsidération par laquelle on veut réaliser un intérêt égoïste n’est que l’œuvre des démons du narcissisme !

Aussi, je faisais allusion dans ce quatrain de ceux qui veulent se contenter « d’aimer le sentiment d’aimer » puisque ne pouvant justement pas concrétiser ce sentiment en raison de facteurs comme la distance, l’incompatibilité, l’engagement, la maladie, l’handicape, ou même le décès…

En effet, il y a des gens qui ne peuvent pas réaliser le sentiment d’aimer sans la forme, c’est-à-dire sans la proximité des corps, et d’autres qui peuvent réaliser pleinement le sentiment d’aimer en atteignant le fond, et ce, sans passer par la forme !

En effet, le moyen n’est moyen que lorsqu’il nous permet d’atteindre le but ! Aussi, quand le but est atteint sans le moyen alors nous avons plus le droit de faire de la hiérarchisation par l’entremise de comparaisons à l’endroit des moyens…

Il en va de même de la connaissance, dont le but est l’accession au sens. Aussi, il ne faut pas que le moyen devienne une fin en soi car dans ce cas, il risque de devenir un contre moyen c’est-à-dire un moyen qui éloigne du but en lieu d’en rapprocher…

C’est pourquoi à la base les savants de l’islam qui ont développé les savoirs religieux étaient pris entre deux feux :
-        Le feu d’éloigner les musulmans de l’enseignement prophétique caractérisé par la simplicité, et ce, en complexifiant l’enseignement prophétique
-        Le feu d’éloigner les musulmans de ce même enseignement s’ils ne fixaient pas justement un cadre scientifique

En effet, les compagnons ignoraient pratiquement tous les principes théoriques des sciences qui ont été élaborés après eux car pour eux « savoir était équivalent à œuvrer » alors qu’aujourd’hui on apprend pour justifier le désœuvrement, l’illicite ou pour gonfler dans l’amour propre…

J’ai remarqué en lisant la vie de Napoléon qu’il entretenait paradoxalement à ses triomphes militaires en Europe, une relation amoureuse moyennant des lettres par lesquelles il voulait entretenir une certaine faiblesse, susceptible de le rééquilibrer… Comme quoi, aimer le sentiment d’aimer s’avère parfois nécessaire quand on a besoin d’amour pour faire quelque chose de grand, qui parallèlement ne peut se faire que par la non concrétisation entière de ce noble sentiment !

Mais ceci ne veut pas dire que l'unité totale ne soit pas convoitée!

Mahdy Ibn Salah
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